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Comment tout mémoriser rapidement avec les répétitions espacées

Comment mémoriser mes cours ?  Comment retenir du vocabulaire anglais ?  Des formules de mathématiques ?  Des théorèmes de physique ?  Essayez les répétitions espacées !

 

Comment mémoriser tous mes cours ?  Comment mieux retenir ce que j’étudie ?  Comment ne pas oublier lors de l’examen ?  Et comment m’assurer de mémoriser à long terme ?

 Voilà le genre de question qui hante le cerveau des étudiants de tout âge et de toute condition !

La courbe d’oubli d’Ebbinghaus

En 1885,  Hermann Ebbinghaus publiait son livre « La mémoire. Recherches de psychologie expérimentale ».  Il y présentait une théorie de la mémoire et de la rétention, qu’il exprimait sous forme d’une formule mathématique et d’une célèbre courbe qui allait porter son nom.

Courbe d’Ebbinghaus

Cette courbe montre sans pitié que nous apprenons très vite.  Mais aussi que nous oublions très vite.

Si on étudie un sujet à fond, une seule fois, sans révision, il est impossible de retenir à long terme.  Après quelques jours, notre taux de rétention dégringole.

Cela explique aussi pourquoi les étudiants qui s’y prennent à la dernière minute peuvent réussir un examen le lendemain ou le surlendemain.  Et pourquoi ils ont du mal à construire leur savoir d’une année académique à l’autre : ils oublient la majeure partie de la matière vue très rapidement…

L’impact des répétitions espacées sur la mémoire à long terme

 Alors, est-ce sans espoir ?  Sommes-nous condamnés à oublier tout ce que nous étudions ?

Non.  Et c’est ici qu’intervient la théorie des répétitions espacées.

Cette théorie suppose que, lorsque nous étudions quelque chose de neuf, nous en retenons la majeure partie pendant un temps très court.  Ensuite, nous oublions, comme le montre la courbe d’Ebbinghaus, ci-dessus.

Mais, la bonne nouvelle, c’est que si nous revoyons la matière juste au moment où nous allons l’oublier, nous prolongeons le temps de rétention et nous transférons ces nouvelles connaissances dans la mémoire à long terme.

Impact des répétitions espacées

En fait, à chaque fois que nous allons oublier, nous révisons la matière : cela renforce la mémorisation à long terme.  Nous n’oublions plus après quelques jours, mais nous nous maîtrisons la nouvelle matière à très long terme.

Transfert de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme via l’hippocampe

Que se passe-t-il lors de ces répétitions ? Notre mémoire à court terme est gérée par le lobe préfrontal (partie antérieure du cortex, juste derrière notre front).  Le passage vers la mémoire à long terme s’effectue par l’hippocampe, une structure en forme de queue d’hippocampe, située dans le repli interne du lobe temporal.

Hippocampe

Mais attention !  L’hippocampe n’est pas le siège de la mémoire à long terme : il en est le catalyseur.  Il permet aux souvenirs de passer de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme pour nous permettre de nous souvenir longtemps des choses que nous avons apprises.

Où sont donc nos souvenirs à long termes ?

Dispersés dans différentes aires du cerveau, selon leur spécialisation et le type de souvenir.  Nous mémorisons donc différemment ce que nous voyons, ce que nous écrivons ou lisons, ce que nous imitons, etc.

D’où l’importance cruciale de diversifier les méthodes et les outils d’apprentissage !  Une chose que je répète inlassablement dans mes formations pour étudiants !

Mémorisez plus de choses avec des intervalles corrects

C’est donc la répétition – le troisième principe des systèmes de mémorisation – qui assure le transfert de la mémoire à court terme vers la mémoire à long terme avec l’aide de l’hippocampe.

Il faut dont répéter inlassablement ce que l’on veut étudier pour l’ancrer dans les différentes parties de votre cerveau qui constituent le réseau de mémoire à long terme.

C’est notamment le principe des flashcards dont je vous expliquais le fonctionnement dans cet article.  Mais encore faut-il mettre ces principes en oeuvre de la bonne façon.  Suivez donc les deux conseils ci-dessous :

1. Réétudiez juste avant d’oublier

L’idéal, c’est de réétudier la matière juste avant le moment où vous allez commencer à l’oublier.  Et plus vous la révisez, plus l’intervalle entre les séances de répétitions sera espacé.

Comment connaître l’intervalle idéal entre deux sessions ?

Vous pouvez vous tester vous-même et voir quel est l’intervalle de temps idéal pour tout retenir.  Vous pouvez aussi faire appel à des logiciels ou des applications de flashcards, comme Studyblue – disponible sur iPhone et sur PC – comme Anki ou comme Cerego dont je vous parle dans cet article.  Cerego utilise un système aussi efficace qu’élégant pour gérer votre mémorisation à long terme : la Memory Bank.  Et vous pouvez créer vos propres flashcards en ligne avec Cerego.

2. Ne réétudiez pas ce que vous connaissez déjà

L’autre inconvénient à éviter lorsque vous étudiez, c’est de réapprendre ce que vous savez déjà.  Pour cela, faites le tri entre les choses que vous maîtrisez vraiment, celles que vous pouvez vous remémorer mais avec difficulté ou celles que vous n’avez pas encore mémorisé du tout.

De nouveau, les applications de flashcards mentionnées ci-dessus sont équipées de filtres qui vous permettent de réviser uniquement les éléments non-maîtrisés à des intervalles idéaux.

Comment ?

Ces applications tirent des statistiques de vos sessions et s’adaptent à vos besoins.

J’en reparlerai bientôt.  Bon travail !

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Wine Mapping : dégustez votre vin avec une mindmap !

Dans un article de son blog, Hervé Bizeul propose une nouvelle méthode de dégustation : le Wine Mapping !

Read this article in English !

Dans un tout récent article de son blog Clos des fées, du nom de son domaine, Hervé Bizeul évoque la possibilité d’une « dégustation non-linéaire » et propose de lancer une nouvelle discipline : le Wine Mapping !

Il déplore aussi que les logiciels de mindmapping ne soient pas à la hauteur au niveau graphique.

Je l’ai donc pris au mot, et j’ai tenté l’expérience avec le logiciel iMindMap, créé par l’équipe de choc Tony Buzan et Chris Griffiths.

Voici le résultat de ma première expérience que je livre à votre jugement 😉  Vous pouvez aussi la télécharger gratuitement sur le site Biggerplate.

Ma première expérience de Wine Mapping

J’ai essayé de rendre le souvenir et les impressions de ce Lalande de Pomerol de 1982 et que j’ai bu dans le milieu des années 1990.  J’ai tracé cette carte sans aucune note.

Une description non-linéaire de la dégustation

Il s’agit ici de mémoire olfactive, qui est une mémoire prodigieusement longue.  Ce qui qui éveille les souvenirs chez Marcel Proust, ce n’est pas le goût de la madeleine, ce sont ses arômes, bien plus nombreux et plus riches.

Je retiens après toute ces années des impressions de chaleur, de nature intense, à la fois sauvage et tendre, et des arômes de pins des landes qui me laissent encore rêveur après tant de temps écoulé.

J’ai décrit aussi le lieu – un restaurant chinois – et le mariage du vin et des plats à la fois épicés et aigres-doux.  Le patron de ce restaurant avait été élu meilleur sommelier de Belgique.

Et enfin, je décris la finale en n’utilisant pas d’image, mais la longueur d’une branche et le caractère gras du texte d’une autre pour signifier la longueur en bouche et la puissance.

Et vous ?  Qu’en pensez-vous ?  Allez-vous aussi tenter la « dégustation non-linéaire » ?

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Tutoriel XMind2Anki : de la mindmap XMind à la flashcard Anki

Cartes mentales et flashcards sont d’excellents outils pour étudier.   Mais comment passer de l’une à l’autre sans perdre trop de temps ?

Bruno Martin y a apporté une réponse élégante : une application qui convertit les mindmaps XMind en flashcard Anki en quelques clics.

J’ai déjà parlé longuement dans mes articles précédents de l’usage des cartes cognitives pour étudier.  J’ai également présenté les flashcards et un logiciel de création – Studyblue – dans des articles précédents.  Les flashcards sont ces fiches  qui vous permettent de mémoriser des tas de choses : formules de mathématiques, mots de vocabulaire, formules chimiques, etc.  La question figure sur une face, la réponse sur l’autre, et les meilleurs flashcards sont celles qui contiennent aussi une image.

Aujourd’hui, je veux vous parler d’une application qui permet de créer le lien entre les deux : qui vous permet de convertir des éléments d’une mindmap  XMind en un jeu de flashcards Anki.  Et donc de gagner un temps précieux !

C’est mon ami Bruno Martin, doctorant et membre du groupe Hack your PhD qui a créé cette application.  Les cartes mentales sont excellentes pour comprendre et analyser un sujet, pour en dégager la structure et pour une première mémorisation.  Les flashcards sont idéales pour étudier en fonction de la théorie des répétitions espacées : vous mémorisez plus facilement et plus rapidement des mots de vocabulaire, des faits, des dates, des formules de mathématique, etc.  Mais le tout sans structure : vous étudiez des éléments séparés, sans lien entre eux.

L’application de Bruno vous permet de cumuler les avantages des deux méthodes : compréhension, structuration et création des liens par la carte mentale.  Mémorisation efficace et rapide des éléments constitutifs du cours par les flashcards.

C’est exactement ce que je donne comme exercices aux participants de mes ateliers Apprendre A Apprendre.

Comment passer de la mindmap au jeu de flashcards

J’ai fait l’essai avec une carte sur les Présidents de la Ve République. Vous pouvez la télécharger gratuitement depuis Biggerplate (Double-cliquez sur l’image pour l’agrandir au maximum).

Carte XMind : les Présidents de la Ve République

J’ai ensuite téléchargé l’application XMind2Anki.

L’application est téléchargée sous forme de fichier rar.  Vous devez donc décompresser le tout et cliquer sur le fichier XMind2Anki.exe pour le lancer sous Windows ou le fichier jar si vous êtes sous Mac ou Linux.  XMind2Anki fonctionne avec les trois standards.

Lorsque le fichier s’ouvre, la fenêtre suivante s’affiche :

Menu principal XMind2Anki

Cliquez d’abord sur le bouton en haut à gauche avec le fichier rouge : entrez dans le cadre rouge en face de « input file (.xmind) » le nom du fichier XMind à convertir – ma carte mentale avec les présidents.

Choisissez ensuite le nom et l’emplacement de votre fichier Anki dans le champ en face de « .anki location« .

Et choisissez un nom de fichier XMind pour « output file (.xmind) ».

Des sujets de la carte aux questions-réponses de la flashcard

L’application vous permet d’ajouter des options et des filtres, mais pour cet article, nous nous limiterons à une exportation très simple.

Je veux que le sujet principal de ma mindmap devienne le nom de ma flashcard – Premier, Deuxième, Troisième, etc. – et les sous-sujets deviendront des réponse à la question : qui était le premier président, etc.

Avec ce que nous avons entré dans la mindmap XMind et dans XMind2Anki, c’est suffisant.  Cliquez maintenant sur le bouton avec la flèche verte.

Conversion de la carte mentale en flashcards

L’étape suivante est la conversion, qui prend un temps relatif à l’importance de votre fichier : ici, j’ai huit sujets principaux, donc la conversion prend quelques secondes.

Si je regarde maintenant  ma carte mentale XMind, je m’aperçois que le sujet central comporte à présent un hyperlien en forme de logo Anki.

Hyperlien Anki dans ma mindmap XMind

Il me suffit de cliquer dessus pour ouvrir mon nouveau jeu de flashcards Anki.

Voici un exemple des huit flashcards Anki générées par XMind2Anki  : la quatrième carte.  En titre – pour la question – Quatrième.  Et la photo, le nom du président, ses dates de naissance et de décès, les dates de début et de fin de mandat, et le parti auquel il appartenait.

Les sujets principaux sont devenus l’en-tête de mes flashcards et les sous-sujets, les éléments de réponse, rangés dans une liste à puces :

Quatrième flashcard Anki

Il ne me reste plus qu’à étudier les éléments de chaque flashcard selon les principes d’Anki : ceux de la répétition espacée.

Profitez des avantages des deux méthodes

Combinez ces exercices de mémorisation avec la construction de cartes mentales, de cartes conceptuelles, de jeux sérieux, de scénarisation, etc.  Expliquez la matière à quelqu’un d’autre.  Bref : ne vous contentez jamais d’une seule technique ou  d’un seul outil.  Variez au maximum les techniques et les outils pour chaque matière.  De cette manière, vous apprenez de manière profonde, à très long terme.

Je reviendrai dans d’autres articles sur ces applications : XMind, Anki et XMind2Anki.   Car elles offrent des options et des filtres très intéressants pour les étudiants tant du niveau secondaire qu’universitaire.  Et même pour l’école primaire, après tout.

Vous pouvez vous aussi apprendre ces techniques lors de mes ateliers Apprendre A Apprendre.

Et vous ?  Quelles techniques ou logiciels utilisez-vous pour ces techniques ?

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Comment hacker son Phd : faire partager ses connaissances et sa passion! Atelier HackYourPhd Mindmap

See on Scoop.itRevolution in Education

Des jeunes qui partagent leurs connaissances lors de soirées à thème : c’est Hack your PhD.

Timothée raconte les mémoires

Et si hacker son Phd, c’était aussi partager ses connaissances et ses recherches à un public plus large que ses collègues de labo…   C’est ce que Bruno et Timothée ont fait le 21 mars 2013  lors d’u…

Marco Bertolini‘s insight:

Un groupe d’étudiants à l’université qui organise des ateliers d’échange de savoir sur le mindmapping et la mémoire locale.  C’est Hack you PhD qui m’accueillait à Paris comme invité à l’atelier de Bruno Martin et Thimotée Behra.  Un groupe qui croit au renouvellement de la recherche et de l’éducation et qui propose des alternatives concrètes.  Bravo !

Je reviendrai sur les membres et les activités de ce groupe d’étudiants.  J’ai trouvé dans ces ateliers une belle envie d’apprendre, de progresser, de bousculer les habitudes.   Un cocktail qui mérite qu’on s’y attarde et qu’on en fasse la promotion.

J’espère que nous aurons encore des collaborations concrètes à l’avenir.

Bruno Martin fait une démonstration de XMind

See on hackyourphd.wordpress.com

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De l’Illiade aux mondes virtuels : 3000 ans de pensée visuelle !

Quel est le point commun entre Cicéron, Thomas d’Aquin, Dante Alighieri, Giordano Bruno, Tony Buzan et les mondes virtuels ?

Réponse : la pensée visuelle et la mémoire locale.

Depuis au moins 3.000, ans les hommes utilisent les images pour se souvenir des notions les plus complexes.   Aujourd’hui, les mondes virtuels offrent une localisation supplémentaire aux arts de la mémoire.

C’est ce dont je vous parlerai lors d’une conférence pour Métalectures le mardi 19 février prochain dès 21 h 15.

Dans le cadre du cycle des Rencontres Formation et Pédagogie sur OpenSimulator, je vous parlerai le mardi 19 février à 21H15 du sujet suivant : De l’Illiade aux mondes virtuels : 3000 ans de pensée visuelle, une occasion de présenter les arts de la mémoire depuis Simonide de Céos jusqu’au mindmapping, le concept mapping et l’utilisation des plateformes virtuelles, à la fois comme lieu virtuel de mémorisation et comme centre d’apprentissage virtuel.

Depuis la plus haute antiquité, les hommes ont développé des systèmes de mémorisation basés sur la localisation et la visualisation. Les aèdes qui contaient les récits homériques comptaient sur ces techniques pour se rappeler les milliers de vers de l’Illiade et de l’Odyssée. Cicéron nous a donné la clé de ces techniques en décrivant le « palais de mémoire »  dans son De l’orateur.

Cicéron, l’orateur, par Maccari

Ces techniques ont été utilisées par les moines mendiants et les universités jusqu’à la fin de la Renaissance. Période où les réformateurs tels qu’Erasme ou Pierre de la Ramée porteront un coup fatal à l’utilisation de la « lecture intérieure ».

Dans les années 1970, l’historienne britannique Frances Yates remet au goût du jour les études hermétiques et les techniques mnémotechniques. En particulier dans ses ouvrages The Art Memory ou Giordano Bruno and the Hermetic Tradition.

Au même moment, le psychologue anglais Tony Buzan formalise le mindmapping tandis que l’Américain Joseph Novak publie ses premières cartes conceptuelles. La pensée visuelle connaît alors une nouvelle renaissance.

Mindmap réalisée avec iMindMap

Les mondes virtuels, avec leur conjugaison unique des trois dimensions et de l’ubiquité propre à Internet, offrent de nouvelles perspectives à la pensée visuelle et à la formation à distance.

Accès à la conférence

Cette conférence sur les mondes virtuels aura lieu dans un monde virtuel, cohérence oblige !

Pour y accéder, vous devez ouvrir un compte sur Francogrid, le monde virtuel français.  C’est entièrement gratuit.  Toutes les étapes sont décrites sur la page de Métalectures, l’organisateur de l’événement.

La conférence sera également retransmise en streaming vidéo sur le site de Francogrid.

Je remercie Lorenzo Soccavo, le fondateur de Métalectures qui me donne cette opportunité de m’exprimer pour la première fois dans un monde virtuel.  Merci aussi à Jenny Bihouise, aka Cheops, pour son aide technique et sa patience inaltérable à mon égard 😉

Au plaisir de vous y retrouver 😉

Marco Bertolini

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Apprendre à apprendre Etudier efficacement Jeunes Mémoire

Arts de la mémoire : comment utiliser le palais de mémoire ?

Qu’est-ce que le « palais de mémoire » ?  D’où vient-il ?  Et comment fonctionne-t-il ?

Comment l’intégrer dans une stratégie d’apprentissage ?

Je vous donne ici le fruit de mes lectures et de mes expériences personnelles avec cette méthode âgée de plus de 2800 ans…

Je lis parfois sur Internet des articles sur le « palais de mémoire » ou j’entends des personnes en parler.  Et je suis souvent choqué par le caractère incomplet, incompris, voire carrément erroné des informations que je découvre.

Il existe pourtant une vaste littérature sur le sujet.  Et dont les auteurs ne sont pas des moindres puisque le premier d’entre eux n’est autre que Cicéron.  Un des auteurs qui ont le plus influencé la totalité de la culture occidentale depuis 2.000 ans…

Une légende vivante : Simonide de Céos

Cicéron, dans son ouvrage « De Oratore »,  nous rapporte que l’inventeur de cette méthode est le poète lyrique Simonide de Céos, une des nombreuses îles grecques.  Nous n’avons aucun portrait de cet homme qui fut une véritable star à son époque : il a remporté des prix face au tragédien Eurypide ou  encore contre Pindare, son principal rival.  Mais, comme à toutes les stars, on lui a attribué bon nombre de légendes.  Il aurait été l’inventeur, entre autres, de 4 lettres du nouvel alphabet grec (voir l’illustration sur le vase ci-dessous).

Vase grec représentant Persée et Andromède

Mais surtout, selon Cicéron, il serait l’inventeur de la méthode des « loci » – lieux, en latin – encore appelée « mémoire locale« .

Simonide de Céos aurait été le premier poète rémunéré.  Il écrivait des poèmes pour les dirigeants de son temps.  Un jour, il en écrit un pour le tyran Scopas.  Mais, celui-ci est aussi avare que vaniteux.  Il reproche à Simonide d’avoir loué autant les jumeaux Castor et Pollux que lui dans son ode.  Et donc, il ne paiera que la moitié de la somme prévue.  Simonide n’a qu’a demander l’autre moitié aux demi-dieux…

Simonide n’a d’autre choix que de s’incliner.  Il participe au banquet donné par son maître et au cours duquel il devra sans doute réciter son poème.  Un serviteur vient le prévenir que deux jeunes hommes l’attendent à la porte du palais et le réclament avec insistance.  Intrigué, Simonide va à la rencontre des deux étrangers.  Au moment où il sort du palais, celui-ci s’effondre, écrasant tous les convives.  Les deux visiteurs, qui ne sont autres que Castor et Pollux, ont donc sauvé la vie de celui qui leur a dédié la moitié d’un poème.

La mémoire des lieux

Mais les familles sont en détresse : elles ne reconnaissent pas leurs proches, défigurés sous les débris.  Simonide déclare alors qu’il est capable de dire qui est qui : il était assis avec eux.  Et peut donc localiser chacun des corps et lui rendre son identité.  Cette circonstance lui aurait donné l’idée du « palais de mémoire« .  Un des procédés les plus anciens et les plus efficaces pour mémoriser de longues séquences.

L’historienne Frances Yates a remis à l’honneur les études sur les arts de la mémoire, notamment dans son livre The Art of Memory, dont il existe une traduction française.  Elle voit dans cette légende l’illustration d’une période de transition.  Car, pendant des siècles, les poètes ont récité leurs oeuvres sans les écrire.  Or, au moment où naît cette légende, l’écrit prend le pas sur la tradition orale.  Socrate méprisera l’écrit toute sa vie.  Platon, dans Phèdre, fait dire à  l’un de ses personnages que l’invention de l’écriture rendra les hommes bêtes, paresseux, qu’ils n’utiliseront plus leur mémoire et qu’ils oublieront qui ils sont…   Des arguments qui ressemblent étrangement à ceux qui accusent Internet et les livres numériques de tous les maux.   Mais ne sommes-nous pas, nous aussi, dans une période de transition similaire ?

Associez des lieux et des images

La méthode qu’aurait inventée Simonide de Céos – et qui existait sans doute depuis des siècles à son époque – consiste à associer lieux et images.  Dans mon article sur les principes de la mémorisation, je rappelais que ceux-ci sont au nombre de trois :

  1. L’ordre
  2. L’association
  3. La répétition

Le « palais de mémoire » ne fait pas exception à la règle.  Ici, l’ordre est donné par le trajet et les emplacements dans un bâtiment. ou dans une partie de ville : un quartier, une place, etc.

Lors de mes formations pour étudiants, je demande aux participants d’utiliser le lieu qu’ils connaissent le mieux : leur propre maison.

Maison – rez-de-chaussée

 

Utilisez un lieu connu pour mémoriser rapidement et à long terme

Le principe de la « mémoire locale » ou « palais de mémoire » est de placer une image qui représente la chose ou le mot dont on doit se souvenir dans une partie de l’immeuble, ici, le rez-de-chaussée de la maison.  Plus l’image est éloignée de la routine, mieux elle fonctionne : donc, on utilise le grotesque, le monstrueux ou une image qui déclenche une émotion – votre petit ami, votre vedette de cinéma préférée…

Quand je pratique cette méthode pour la première fois avec des participants de mes ateliers, je leur demande de dresser une liste de 20 mots : vingt choses dont ils auront besoin pour organiser la fête de leur anniversaire.  Selon la littérature scientifique, la mémoire de travail moyenne permet de retenir 7 mots, avec un écart-type de 2, soit de 5 à 9 mots.   Mais je rencontre de nombreux jeunes qui présentent une rétention de 11 ou 12 mots…

Mais (pratiquement) personne n’est capable de retenir 20 mots sans erreurs ni de les répéter dans un sens ou dans l’autre, depuis le premier vers le dernier ou vice-versa.

Associez image, sensations et localisation

Premier ingrédient pour notre fête : un saumon.  Nous allons le placer dans la boîte aux lettres, juste à côté de la porte.  Un beau saumon vivant, qui sent fort la marée et qui s’agite dans tous les sens.  Il mouille tout le contenu de sa boîte aux lettres et sa queue rose frappe la porte en cadence : boum ! boum ! boum !

Vous aurez compris à la lecture de ce premier item le fonctionnement de l’association : on place le saumon dans un endroit inattendu – on sort de la routine – et on associe un maximum de représentations sensorielles à chaque image : l’odeur de la marée, le mouvement de la queue, le boum-boum de celle-ci contre la porte, la sensation tactile du poisson mouillé…  tous ces éléments servent à renforcer la mémorisation.

Deuxième item : deux bouteilles de vin.   Celles-ci sont en réalité deux personnages à taille humaine, dont la silhouette est en forme de bouteilles, qui sont complètements saoules et qui titubent sur les marches du perron.  Elles rotent et chantent des chansons à boire.

Le troisième item : des couverts en plastique.  L’acteur préféré de notre participant est Johnny Depp.  Nous le déguisons en Chapelier fou, son rôle dans le film Alice de Tim Burton.  Johnny Depp est debout sur la table basse du salon, entre le sofa et les fauteuils.  Il jongle avec les couverts et danse une sorte de gigue tout en proférant des sons incongrus et en grimaçant comme dans le film.

Le quatrième item : de la musique.  Où allons-nous la placer ?  Dans l’installation hi-fi au salon ?  Certainement pas !  Nous allons louer les services d’un orchestre de Schtroumpfs que nous allons placer dans le four, à la cuisine.  A la moindre fausse note, on allume le four !

L’émotion favorise la rétention à long terme

Etc, etc. jusqu’à vingt mots, vingt images grotesques, monstrueuses, sexy ou amusantes, associées à vingt emplacement de l’endroit que nous connaissons le mieux au monde.

Les plus sophistiqués ajouteront un scénario à leur trajet.

Vous aurez compris le principe : nous nous souvenons mieux de ce qui sort de l’ordinaire.   De ce qui tranche avec la vie de tous les jours.  De ce qui nous touche.   Car la mémoire est très fortement liée à l’émotion.

J’ai effectué une recherche sur l’Elfstedentocht : cette course en patins à glace qui traverse 11 villes de Frise, dans le nord-ouest des Pays-Bas.   Tous les habitants me disent que les hivers là-bas sont extrêmement rigoureux, qu’il neige et qu’il gèle à pierre fendre chaque année.

Pourtant, ma recherche personnelle montre que la course a eu lieu 15 fois en 112 ans.  Les autres années, il ne gelait pas suffisamment pour organiser la course sur les cours d’eau de Frise…   Il a donc gelé dur 15 fois en plus d’un siècle, malgré ce que les habitants m’affirmaient.  Ils étaient pourtant sincères : mais leur mémoire n’avait gardé le souvenir que des hivers exceptionnels.  Ceux où ils s’étaient calfeutrés chez eux en attendant le jour de la course, où ils avaient traversé péniblement les champs couverts de neige.  Quinze hivers sur 112 !

C’est sur cette confrontation avec l’ordinaire que jouent les techniques d’association dans les arts de la mémoire.   La publicité aussi le sait bien : elle nous présente des endroits paradisiaques où la plupart d’entre nous n’iront jamais, des modèles dont la beauté surhumaine doit plus à Photoshop qu’à la sélection génétique, des produits fabuleux qui ne fonctionnent miraculeusement que sur le petit écran.   Nous le savons, dans le fond.   Mais nous achetons.   Parce que ces images surnaturelles ont trouvé leur chemin dans nos mémoires et nos émotions.  Et que nous ne demandons qu’à les revivre dans le réel.

Troisième principe : les répétitions

Cette méthode, très efficace, ne fonctionne que si on respecte le troisième principe : la répétition.  Il faut visiter et revisiter la maison et revoir régulièrement chacune des images dans son emplacement.  Parcourez le trajet dans un sens puis dans l’autre.  Ou depuis le milieu.

Les répétitions espacées sont aussi le principe de base des applications de flashcards, telles Anki ou Cerego.

Le « palais de mémoire » est utile pour retenir une liste d’objets.  Ou les éléments d’un discours ou d’une conférence.   Les avocats romains, comme Cicéron, étaient célébrés pour tenir des discours de plusieurs heures sans aucune note.   Mais le préalable de toute étude réellement efficace à long terme est la compréhension.  N’étudiez pas quelque chose que vous n’avez pas compris d’abord…

Bon travail et amusez-vous bien 😉

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Mémoire

Mémoriser des données complexes par l’image : l’exemple Microsoft

Comment mémoriser des données complexes ?  Comment se souvenir de mots de passe compliqués ?

Adam Stubblefield, un étudiant interne chez Microsoft, a eu une idée originale : combiner les tâches de Rorschach avec des acronymes.  La méthode est non seulement élégante : elle est terriblement efficace !

Les mots de passe représentent un véritable casse-tête : non seulement lorsqu’il s’agit de les créer, mais aussi au moment de s’en souvenir.

Tous les administrateurs de systèmes vous le diront : le maillon faible d’une chaîne de sécurité, c’est l’utilisateur, l’humain.

Ce dernier a tendance à créer des mots de passe trop simples pour pouvoir les retenir.  Et à les écrire sur des post-it parfois collés sur l’écran de l’ordinateur pour être certain de ne pas les oublier…   En outre, avec les logiciels et le matériel de « cracking » résoudre un mot de passe devient un jeu d’enfant.

Comment faire pour que les utilisateurs créent des mots de passe suffisamment complexes pour ne pas être facilement trouvés par un intrus ?  Et comment s’assurer qu’ils les mémorisent  ?

Il existe des générateurs de mots de passe.  Y compris des générateurs de mots de passe « mnémoniques ».  Mais le problème est que s’en souvenir n’est pas aussi simple que le prétendent leurs créateurs.  Comment mémorisez-vous AKovI3471YoP ?  C’est le mot de passe « mnémonique » que vient de me suggérer ce générateur.  J’ai bien ma petite idée pour Yop qui me rappelle une série de publicités.  Mais pour le reste ?

Dans mon article sur les principes de la mémorisation, je vous ai parlé des combinaisons d’associations.   Adam Stubblefield,  un étudiant de la John Hopkins University en internat chez Microsoft a inventé une méthode originale pour résoudre les deux problèmes des mots de passe : la création de mots suffisamment complexes et leur mémorisation à long terme.

Des taches d’encre à la rescousse de la technique

Taches d’encre à associer aux mots de passe

L’idée d’Adam Stubblefield était de suggérer aux utilisateurs une image suffisamment floue pour que chacun y associe quelque chose de différent : un peu comme les nuages dans lesquels chacun peut reconnaître une forme différente.  Il a donc pensé aux taches de Rorschach, qu’on utilise en psychologie.

La première étape a consisté en la création d’un programme générateur de taches d’encre aléatoires.  Ensuite, ces taches d’encre étaient montrées aux utilisateurs.   Ceux-ci devaient identifier mentalement la tache à un objet, une personne ou un animal.  Et écrire une très courte abréviation liée à cette tache.  La première et la dernière lettre du mot par exemple.  Si la tache évoquait une mouche, l’utilisateur tapait « M » et « E » sur son clavier.   De même pour chaque tache de la séquence.  D’autres ont vu un homme volant ce qui donne « H », « E », « V » et « T » pour une seule image.

Un des points forts de la méthode est que même si les personnes voient la même chose dans une tache, elles ont souvent des façons différentes de la décrire et elles génèrent donc des mots de passe différents.

Chaque personne a dû mémoriser les associations avec dix images. Cette mémorisation s’est faite simplement en visionnant plusieurs fois de suite la séquence des images.  De nouveau le principe de la répétition qui suit celui de l’ordre et de l’association.

A la fin, les 25 personnes qui étaient soumises à cette expérience avaient des mots de passe comptant entre 50 et 80 lettres dont l’ensemble ne signifie rien.  Impossible à retenir…

Sauf que… Après une semaine, 18 des 25 personnes se souvenaient encore de l’intégralité de leur mot de passe !  Quant aux autres, elles se souvenaient des associations avec 9 images sur 10 !

Adam Stubblefield en déduisit donc qu’avec un mot de 20 lettres, par exemple, on pourrait obtenir 100 % de rétention.  Après avoir tapé ce mot un certain nombre de fois, il est pratiquement impossible de l’oublier.

Une des dimensions importantes qui ont assuré la réussite de cette expérience, c’est son caractère ludique : de nombreux participants ont déclaré avoir éprouvé du plaisir à définir leurs mots et à les mémoriser.  Une fois de plus, une émotion positive associée à une activité ou à une notion renforce sa mémorisation.

Vous pouvez lire l’article en anglais sur cette recherche sur les Microsoft inkblots ou télécharger le rapport complet d’Adam Stubblefield et Dan Simon.

Et vous ?  Que voyez-vous dans ces taches ?  Et quels mots de passe avez-vous créés ?

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