La nature en révolution, c’est non seulement la nature pendant la Révolution française, c’est aussi et surtout, l’impact des révolutions – politiques, sociales, industrielles… sur la nature et notre environnement. C’est l’histoire de notre relation à la nature – et à ses impacts – qu’est dédiée cette trilogie dont le premier volume vient de sortir.
Contrairement à ce que nous pourrions croire, la pollution des villes et des rivières, les plaintes pour nuisances et les procès pour dégradation de l’environnement ne datent pas d’hier. Les histoires de la France industrielle mettent souvent l’accent sur le progrès et le confort gagné par l’industrialisation. Mais, il existe une autre histoire, peu explorée jusqu’ici : celle de l’impact de ces progrès techniques, celle de l’évolution de notre rapport à la nature. C’est désormais chose faite avec ce premier volume d’une trilogie sur l’histoire des rapports entre industrialisation, pensée scientifique, pensée sociale et nature.
Il ne s’agit pas de l’ouvrage d’un auteur unique, mais bien du produit d’un collectif d’historiens qui se sont tous déjà signalés par des ouvrages sur l’environnement, l’énergie, et les rapports de l’homme avec la nature :
- Jean-Baptiste Fressoz
- François Jarrige
- Thomas Le Roux
- Corinne Marache
- Julien Vincent
Ce premier volume explore l’histoire environnementale de la France des années 1780 à 1870. C’est-à-dire de la décennie de la Révolution française à l’aube de la guerre franco-prussienne.
L’ouvrage démontre que la sensibilité écologique n’est pas née d’hier. Elle prééxiste à la Révolution française. Les rivières peuvent être déjà polluées par les émanations des forges ou les déjections des tanneries, par exemple. Mais, ce qui n’était que « nuisances locales » va se transformer en pollution de grande ampleur. Ce ne sont plus quelques riverains qui se plaignent de la captation des eaux par quelques moulins. Ce sont des villes entières, voire des régions qui se trouvent polluées, gravement, par des résidus chimiques mortels ou des émanations de fumées toxiques.
Sur le même thème : Ressources: Plaidoyer pour une civilisation soutenable, de Philippe Bihouix et Vincent Perriot.
La nature en révolution : une alliance entre scientifiques et capitalisme industriel
Le passage du mot « nuisance » à celui de « pollution » n’est pas anodin non plus. Le premier comportait une dimension sociale, de contestation politique. Le second émane des milieux scientifiques et comporte une forme de neutralité objective. C’est une conséquence de la technique.
Les auteurs démontrent aussi que, face aux guerres des périodes révolutionnaire et impériale, les gouvernements et leurs comités scientifiques – souvent engagés aussi dans la production industrielles, avec des intérêts financiers non-négligeables – prennent parti pour l’industrie contre les plaintes locales, voire contre la justice. C’est ainsi que la poudrière installée au centre de Paris explose tuant 600 ouvriers et en blessant 1000 autres.
L’arrivée de la machine à vapeur et du chemin de fer va également bousculer non seulement les habitudes et remodeler les paysages : ces engins transforment radicalement notre rapport au monde. Désormais, on ne se plie plus aux caprices de la nature : on veut la dompter, la dominer, la soumettre aux désir de l’humain.
C’est un changement radical dont nous subissons encore les conséquences. La pensée scientifique est encore trop souvent utilisée comme prétexte pour faire accepter des technologies agressives, voire superflues au nom d’un progrès dont nous avons parfois du mal à cerner le véritable contour.
La nature en révolution : Une histoire environnementale de la France (1780-1870), vol. 1, Jarrige, François et al., Paris, Editions de la Découverte, 2025. Lien vers le site de l’éditeur.
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