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Cerveau, école et puberté : le triangle des Bermudes ?

Mon fils ne sait pas se lever le matin.  Ma fille est incapable de planifier sa semaine.  Mon enfant fait toujours ses devoirs à la dernière minute.  Mon fils a des problèmes de concentration.  Ma fille déprime, elle s’irrite pour un rien.  Mon fils passe des heures au téléphone avec ses copains.  Mais, il ne m’appelle jamais quand il sait qu’il arrivera en retard.

Je ne compte plus les parents qui m’arrivent avec ce genre de réflexions.  Généralement proférées sur un ton exaspéré, voire carrément désespéré.

Ils m’arrivent aux ateliers Apprendre À Apprendre ou pour un premier contact en vue d’un accompagnement étudiant, les épaules chargées d’un immense sentiment de culpabilité, les yeux plein d’incompréhension.  Ils s’excusent presque de me présenter leur rejeton, en qui ils avaient placé tant d’espoir…

Vous vous reconnaissez un peu dans ce portrait de parents déboussolés ?  Pas de panique !

Votre enfant, votre ado, est normal.  C’est plutôt une bonne nouvelle, non ?

Un cerveau en construction

Vous connaissez ce fameux message, si agaçant sur Internet ?  Vous voulez consulter cette page qui a l’air si intéressante sur un sujet qui vous tient tellement à coeur.  Et tout ce que votre écran affiche, c’est ce message frustrant entre tous : « Page en construction« .

On pourrait afficher le même message sur certaines parties du cerveau de votre adolescent : car toutes les parties du cerveau ne se développent pas en même temps.

Lors de la puberté, entre 10 et 14 ans, l’adolescent vit sous un bombardement hormonal quasi-constant : ce sont ces hormones qui déclenchent le développement des différentes aires du cerveau.  Certaines participeront au développement de la mémoire, d’autre à celui de la gestion des émotions, d’autres à celui de la faculté de mesurer les risques ou encore le goût de l’exploration, du test de ses propres limites.   C’est ce flux hormonal, conjugué aux expériences quotidiennes de l’ado confronté à son environnement, qui va sculpter le cerveau de votre enfant.

Le problème, c’est que ces différentes zones du cerveau vont se développer à des moments différents.  Et que la communication entre ces différentes parties n’est pas encore bien établie.  D’où parfois des comportements dangereux – on veut tester ses limites sans pouvoir vraiment mesurer les risques – ou agaçants pour l’entourage – il souriait à sa petite amie, il y a cinq minutes et à présent, il agresse sa mère pour une pécadille.   Cela vous paraît familier ?

Des ados, pas des adultes

La génération jeune actuelle souffre d’un mal inédit : ils sont généralement grands, plus grands que nous, et la multiplicité des sources d’information qui les entourent, qui les submergent font qu’ils sont généralement mieux informés que nous ne l’étions à leur âge.   Ce qui fait que nous les considérons trops souvent comme les adultes qu’ils ne sont pas.   Pas encore.  Et que nous exigeons d’eux des attitudes et des prises de responsabilité qu’ils sont incapables d’assumer.

Un exemple : nous voudrions tous que nos enfants planifient leurs études longtemps à l’avance, n’est-ce pas ?  Et cela depuis la première secondaire !  Mauvaise nouvelle : la partie du néocortex en charge de la planification n’a pas terminé sa pleine maturation chez les garçon avant 21 ans… 

Cela veut-il dire que nous devons attendre tranquillement sans rien faire ?  Jusqu’à ce que leur cerveau soit complètement construit ?

Non, bien entendu.  Mais nous pouvons reconnaître les signes de cette immaturité – au sens étymologique du terme – et aider nos ados à se construire en leur proposant des modèles, en leur donnant des limites claires, en leur proposant des exercices qui les aideront à progresser.   Mais : en respectant le rythme de chacun.   Ce qui veut dire qu’en tant que parent, vous avez des chances de vivre encore de nombreuses frustrations.   Mais aussi des joies et de la reconnaissance lorsque vous constatez qu’une étape est franchie, qu’un objectif est atteint.

Les ados sont aussi des êtres extrêmement sociaux : ils se construisent aussi – et peut-être même davantage – par leurs contacts avec leurs pairs : les jeunes du même âge, qui ont les mêmes goûts, les mêmes besoins, les mêmes envies.   N’essayez donc pas de tout contrôler : c’est le meilleur moyen de vous rendre malheureux(se).

Manque de sommeil et jetlag permanent

Vous connaissez le jetlag ?  Cette fatigue due au décalage horaire et au manque de sommeil qu’il engendre ?  La plupart des ados le connaissent en permanence.  Dans son livre « Het puberende brein« , Eveline Crone, professeur en neurosciences à l’université d’Utrecht, décrit ce cycle infernal qui épuise les jeunes durant la puberté.

C’est la mélatonine qui contrôle le sommeil et la sensation de fatigue.  C’est elle qui fait que la plupart des enfants s’endorment brutalement entre 20 et 21 heures.  Mais à la puberté, son apparition est retardée : elle se manifeste souvent entre 22 heures et minuit.  Ce qui fait que les ados n’ont jamais envie de se coucher.   Mais leur croissance rapide exige un sommeil réparateur de 9 heures à 9 h 30, chaque jour.   Ce que les horaires scolaires ne leur permettent absolument pas.

L’Etat du Minnesota a testé des horaires scolaires qui démarrent plus tard : et a constaté une nette amélioration des résultats ! La fatigue permanente de certains ados les rend irritables, nerveux, mais surtout leur interdit toute concentration soutenue.  Leur niveau d’attention est proche de zéro.  Leur capacité à mémoriser est donc plus que limitée.

Un conseil : nous ne pouvons guère influer sur les horaires scolaires européens.  Par contre, c’est une bonne idée de laisser les ados faire la grasse matinée le week-end ou pendant les congés scolaires.  De cette manière, ils récupèrent au moins une partie de ce sommeil dont leur croissance a tant besoin.

Le cortex frontal : le centre de commande des facultés cognitives

Contrairement à certaines aires du cerveau qui sont spécialisées dans une seule fonction – comme l’hypothalamus qui règle nos biorythmes – le cortex préfrontral assure un rôle plus complexe de régulation. On peut comparer le cortex préfrontal à un centre de commande des facultés cognitives.

C’est lui, en effet, qui gère l’ensemble des fonctions réparties dans d’autres aires du cerveau et qui sont nécessaires à la planification, à la vue d’ensemble et de détails, etc.   Toutes ces facultés cognitives qui nous permettent de nous projeter dans l’avenir, de faire la part des choses entre l’essentiel et l’accessoire, entre l’urgent et ce qui peut attendre, entre le but à atteindre et les moyens pour y parvenir.

Dans de prochains articles, nous verrons ensemble comment fonctionne ce « centre de commandes », quelles facultés il implique et comment entraîner nos ados à exercer ces facultés.

En n’oubliant pas, que certaines de ces facultés, et surtout leur coordination, ne sont accessibles aux ados que lorsque leur cortex préfrontal est mûr.  Le maître-mot ici est sans doute : patience !  Le meilleur moyen pour que le triangle Ecole, Cerveau et Puberté ne soit pas comme celui des Bermudes, un triangle maudit où tout est perdu d’avance !

Bon courage 😉

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Ateliers E-learning formation Internet Logiciels Outils Projets

E-learning : pourquoi nous avons choisi Moodle et Moostic !

Apprendre à distance, est-ce forcément être seul devant son écran ?  Sans assistance ?  Sans conseil ?  Sans possibilité d’échanger avec d’autres participants ?  Sans rien connaître du formateur ou professeur ?

Non, ceci est un modèle dépassé.  Mais ce n’est pas une fatalité.

La preuve ? Moodle et Moostic !

Nous avons choisi la plateforme Moodle pour ce type de raisons.  Parce que nous ne voulions pas reproduire un modèle scolaire du type : « le professeur sait tout et il va vous dispenser son savoir.  Et vous allez l’avaler sans broncher ».

Phénomène agravé si l’on est seul derrière son clavier à se débattre face à de telles méthodes qui ne devraient même plus avoir droit de cité dans les écoles.

Dans la plupart de nos ateliers de formation, nous pratiquons l’enseignement mixte, le blended learning : c’est-à-dire que nous dispensons une partie en présentiel et le reste en ligne.

Afin de répondre aux principes de notre Charte pédagogique, nous avions besoin d’un outil qui permette une pédagogie ouverte, participative, basée sur les échanges et la formation entre les pairs.

Nous avons trouvé tout cela chez Moodle.  (Cliquez sur la carte pour la voir en taille réelle dans notre espace XMind).

Moodle et Moostic

Moodle, est la contraction de Modular Object-Oriented Dynamic Learning Environment (environnement d’apprentissage dynamique et modulaire, orienté objet).  C’est une plateforme d’apprentissage en ligne de philosophie constructiviste qui a été conçue par Martin Dougiamas, un formateur et informaticien australien.

Qu’entend-t-on par constructiviste ?

D’après l’article WikiPedia sur Moodle « le constructivisme postule que la connaissance est construite dans l’esprit de l’apprenant et non retransmise de manière statique via des livres ou des formateurs. La fonction du formateur, du point de vue du constructivisme, est de créer un environnement pédagogique permettant aux apprenants de construire leurs connaissances à partir de leurs expériences et compétences. »

Cela se traduit par des outils qui permettent la collaboration en ligne et l’échange des savoirs.  Par exemple, un forum permet à tous les participants de poser une question, de formuler une proposition, partager une expérience… avec tous les autres participants et avec le formateur quand il le désire.  Un candidat entrepreneur peut parler de ses difficultés, faire partager ses expériences ou proposer des solutions à un autre participant à la formation Je crée mon entreprise…

Le formateur peut également organiser un chat de manière régulière.   Tous les participants peuvent donc lui adresser leurs questions, leurs remarques, etc. et intervenir en temps réel avec les autres apprenants.

Espace de travail Moodle

Dans nos formations, nous organisons un chat par semaine, de façon à ne pas perdre le contact avec les participants.

Un système d’email permet d’échanger de manière individuelle avec tous les participants d’une formation ou avec le formateur.

La plateforme est accessible 24 heures sur 24, quand vous le souhaitez.  Vous vous connectez quand vous le désirez et travaillez à votre rythme.

Vous lisez les manuels, effectuez les exercices.  Certains d’entre eux (comme les questionnaires à choix multiples) sont auto-corrigés (le système vous donne immédiatement vos résultats) d’autres sont déposés pour le formateur à une date indiquée.

Les exercices remis sont toujours commentés par le formateur pour vous permettre d’avancer efficacement dans l’acquisition des nouvelles notions.

Nous ajoutons aussi des ressources à chacun de nos cours :

  • bibliographies : des livres accessibles sur le sujet
  • modèles gratuits (mindmaps, questionnaires pour votre projet d’entreprise, etc.)
  • vidéos, fichiers MP3, etc.
  • liens vers des sites Internet de référence
  • Etc.

qui vous permettent d‘aller plus loin dans votre progression personnelle, si vous le désirez.

Moodle peut également vous permettre de créer un espace de travail dans votre entreprise pour le travail à distance.

Nous l’utilisons aussi lors de cours en apprentissage mixte (Blended learning)  pour des entreprises ou institutions qui souhaitent bénéficier des avantages combinés de l’apprentissage en présentiel et en ligne : gain de temps, d’argent, contact avec le formateur, rythme personnel respecté, renforcement des acquis par l’autoformation…

Et Moostic ?

Moostic est une société suisse qui héberge votre plateforme moyennant un abonnement modique.  Nous l’avons choisie pour sa facilité d’utilisation, pour sa dimension multilingue : votre formation en français sera vraiment en français sans avoir la mauvaise surprise de tomber sur des exercices en anglais ou de la documentation en coréen…

Logo Moostic

Nous pouvons donc nous concentrer totalement sur les dimensions pédagogiques de nos formations et confier la tuyauterie (le hardware) à notre hébergeur préféré…

Bon amusement et surtout, bonne progression dans vos formations avec nous !

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Chomage CV

Vous n’avez pas de diplôme ? Mais du savoir-faire ? Faites valider vos compétences !

Vous n’avez pas terminé vos études ?  Ou vous avez appris le carrelage sur le tas ?  Vous avez pratiqué la coiffure en noir ?

Mais vous n’avez pas de diplôme ?

Comment mettre tout ça sur un CV ?  Comment faire reconnaître ces compétences que vous avez apprise ailleurs qu’à l’école ?

Une bonne nouvelle : la validation des compétences !


En Belgique, depuis quelques années, il est possible de faire reconnaître des compétences que vous avez acquises autrement qu’à l’école.  Ou que vous n’avez pas eu l’occasion de faire vérifier par un examen ou un diplôme.  Pour la France, vous trouverez plus d’infos ici.

Pour quels métiers ?

Pratiquement, il existe un nombre croissant de métiers pour lesquels vous pouvez obtenir une reconnaissance officielle :

  • mécanicien automobile
  • employé des services commerciaux
  • aide-comptable
  • carreleur, coffreur, maçon, peintre en bâtiment
  • peintre industriel
  • électricien
  • technicien de scène de théâtre,
  • etc.

Vous trouverez la liste des métiers – mise à jour régulièrement – ici.

Comment ça se passe ?

C’est très simple : vous identifiez sur le site le métier qui correspond au vôtre.

Vous prenez contact avec un centre agréé – dont vous trouverez la liste sur cette page web.

Le responsable du stage vous fait remplir un formulaire, vous inscrit.  Lorsque la date de l’épreuve est fixée, vous vous rendez au centre et vous montrez ce que vous savez faire.  Par exemple, pour un maçon, on vous demande de monter un mur.  Pour un électricien, on vous fera faire un montage électrique.  Pas de théorie ou de blabla, ici : que de la pratique, du vrai, du concret !

Un jury, composé de professionnels et de formateurs du secteur, décide si vous avez réussi ou non.

Si vous avez réussi, on vous délivre un Titre de compétence : un document officiel qui confirme que vous maîtrisez votre métier.

Combien ça coûte ?

Rien !   Nada !   Shnoll !    C’est entièrement gratuit ! C’est pris en charge par le gouvernement.

Qu’est-ce que ça vaut ?

Un Titre de compétence n’est pas un diplôme, mais un document officiel qui certifie que vous êtes capable d’exercer un métier.

C’est ce qui intéresse vraiment une entreprise : savoir si, au moment où elle vous engage, vous êtes capable ou non de pratiquer ce qu’on vous demande.  En un mot, si vous êtes rentable !

Et le Titre de compétence est un titre officiel reconnu par la Région wallonne, la Communauté française et la Région de Bruxelles-Capitale.  Il est aussi reconnu par le Forem,  Bruxelles Formation, l’Enseignement de Promotion Sociale, l’IFAPME et le SFPME.

La validation des compétences vous fait gagner du temps : vous n’avez pas besoin de (re-)suivre une formation pour avoir un diplôme – vous passez directement l’épreuve et vous savez tout de suite si vous avez réussi ou non.

C’est confidentiel : l’inscription et les résultats vous sont communiqués  à vous et à personne d’autre.  Si vous réussissez ou si vous ratez, personne n’en saura rien, sauf si vous avez envie de fêter ça avec vos amis ou votre famille, bien entendu !

C’est tout le mal que je vous souhaite !

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Chomage formation Jeunes Projets Recherche d'emploi

Jeunes, informatique et entreprise : un décalage croissant entre offre et demande des compétences (3)

Après avoir passé en revue le statut des jeunes 16-25 ans et leurs pratiques Internet;  aprés avoir comparé leurs compétences informatiques avec les attentes des écoles, des entreprises et de la société en général;  après avoir constaté qu’un décalage important existe entre ces compétences et ces attentes, quelles mesures peut-on proposer afin d’aider ces jeunes à combler ce fossé qui sépare les pratiques ludiques ou sociales du Net des exigences du monde du travail ?

Les jeunes exclus des programmes…

d’inclusion informatique !

Il existe en Belgique, un plan d’action national de lutte contre la fracture  numérique. Ce plan, prévu pour la période 2005-2010, a fait l’objet d’une évaluation intermédiaire en juillet 2007

Il se divise en trois axes qui, tous, s’adressent aux jeunes scolarisés.  Le rapport d’évaluation souligne l’effort vers les publics scolaires défavorisés, mais met aussi en exergue le manque d’outils pédagogiques des enseignants.  Il souligne également “les manques structurels importants souvent constatés en matière d’inscription des ces apprentissages dans les programmes de formation des écoliers et des élèves”.

Ces mesures sont les seules qui s’adressent au public jeune en Belgique.

En Grande-Bretagne, le gouvernement a mis sur pied en 2008 un programme intitulé Delivering Digital Inclusion.  C’est le seul en Europe qui tienne  compte des jeunes en e-exclusion…

Ce plan considère que les groupes à risques sont les jeunes qui ne sont ni à l’emploi, ni en formation scolaire ou qui suivent un enseignement spécial.  Il estime que, sans mesures particulières, ces jeunes seront en difficultés pour communiquer avec leurs pairs, qu’ils manqueront des opportunités de communication et rencontreront des obstacles sur un marché du travail de plus en plus dépendant des nouvelles technologies.

Il recommande donc :

De mieux exploiter les TIC pour les travailleurs sociaux et les éducateurs qui travaillent avec les jeunes.

De renforcer le programme Home Access qui permet l’acquisition de matériel et de connexion à des conditions avantageuses, avec priorité pour les familles comprenant des enfants de moins de 18 ans.  Avec, en complément, un programme d’assistance aux parents.

D’encourager les entreprises à créer davantage de postes d’apprentis afin de donner l’occasion aux jeunes de se familiariser avec l’informatique des entreprises.  De développer en parallèle les industries créatives qui peuvent mieux tirer parti du potentiel créatif de ces jeunes.

Promouvoir un accompagnement individualisé des jeunes qui veulent développer leurs capacités informatiques.

Les autres rapports nationaux mettent surtout l’accent sur les dangers d’Internet (France) ou sur les difficultés d’accès, mais pas d’usage (Suisse, Pays-Bas).

En Belgique, certains rapports préconisent des mesures comme une meilleure utilisation des TICS par les organisations de jeunesse et la promotion par les fournisseurs d’accès de sites de qualité pour la jeunesse.

Un rapport pour le Conseil de l’Europe propose de mieux définir les rôles respectifs des états et des fournisseurs d’accès .  Il suggère aussi d’impliquer les jeunes dans le reformatage de données à destination des jeunes et de leur offrir un soutien spécifique afin de mieux maitriser l’information et les usages TIC de l’école et de l’entreprise.

Les attentes spécifiques des acteurs de terrain

Il faut conscientiser le secteur de l’aide à la jeunesse du besoin d’accompagnement des jeunes afin qu’ils puissent s’approprier les usages informatiques en vigueur dans le monde scolaire et économique.

Les travailleurs sociaux insistent sur la nécessité d’organiser une vaste campagne de sensibilisation auprès des instances responsables de l’éducation et du bien-être des jeunes sur les thèmes suivants :

  • Les déficiences des jeunes en matière d’informatique
  • Les conséquences sur leur développement personnel et social
  • La nécessité d’incorporer la formation des jeunes aux TIC aux missions dévolues à ces instances.

Il faudrait également intégrer ces TIC à la formation professionnelle des intervenants sociaux en contact avec les jeunes.

Lors de la construction de ces modules de formation à destination des jeunes, il faut tenir compte de la dimension sociale et identitaire des usages internet des 16-25 ans afin de remporter leur adhésion et d’y amener un contenu susceptible de les former aux usages plus techniques de l’école et de l’entreprise.

Les infrastructures TIC devraient être incorporées à un environnement qui met les jeunes en confiance et respecte leur vie privée, ce qui ne semble pas être le cas dans les structures classiques. Ces espaces numériques devraient être à même d’offrir un accompagnement personnalisé aux jeunes.

Les médias et les institutions devraient également adopter un discours plus équilibré sur Internet, ses risques et opportunités.

“La valeur ajoutée des TIC pour le développement personnel et les opportunités professionnelles des jeunes doit être mieux mise en avant.”

Les concepteurs de sites web devraient également adapter leur communication aux jeunes (simplification des formulaires, en ligne par exemple).

Mesures et recommandations

Cette étude a démontré que, loin d’être une population homogène, cette classe d’âge 16-25 ans présente une physionomie très diversifiée.

Les mesures proposées seront donc aussi très variées et très spécifiques.

La notion d’off line doit être élargie.  Il y a peu de jeunes vraiment non-connectés, mais les usages et les compétences sont de qualité très variables. Il s’agit de situations individuelles problématiques dans lesquels les structures familiales et les obstacles culturels et/ou cognitifs pèsent davantage que les inégalités socio-économiques.

S’il existe un décalage général entre les compétences informatiques des jeunes et les attentes de l’école et de l’entreprise, c’est d’autant plus vrai pour les jeunes en situation de quasi-déconnexion.

Pour aller au-delà des compétences de base, il faut de la pratique ; pratique qui manque à ses jeunes du fait de la quasi-déconnexion.

Les auteurs de l’étude recommandent donc :


Aux autorités fédérales ou régionales :

D’accorder une place plus importante aux jeunes dans les programmes d’inclusion numérique.

De lancer une vaste étude sur les pratiques numériques des jeunes afin de disposer d’une analyse quantitative suffisamment fine pour développer des actions pertinentes.

De mettre davantage l’accent sur ce qui peut favoriser l’intégration des jeunes dans les espaces numériques.

De ne pas fournir de matériel recyclé aux jeunes dont les usages TIC nécessitent des ordinateurs multimédia.

De promouvoir de vrais « tarifs jeunes », notamment pour ceux qui sont à l’école ou en recherche d’emploi.

Aux responsables de campagnes de sensibilisation à Internet :

D’adopter un langage plus équilibré, mettant en avant les opportunités d’apprentissage et d’intégration pour les jeunes et non seulement les dangers de la connexion.

Aux institutions d’enseignement et de formation

D’intégrer une formation aux TIC dans la formation professionnelle des intervenants sociaux afin qu’ils utilisent de façon pertinente ces ressources technologiques dans leur travail auprès des jeunes.

De promouvoir dans l’enseignement secondaire, les pratiques qui permettront aux jeunes de dépasser les usages exclusivement sociaux et identitaires des jeunes afin de leur ouvrir l’accès au monde du travail.

De faciliter une meilleure convergence entre l’éducation aux médias et la formation informatique dispensée dans les écoles.

Aux services d’aide à la jeunesse :

Utiliser davantage les nouveaux médias dans le travail avec les jeunes.

Sensibiliser les travailleurs sociaux aux usages TIC des jeunes.

Donner aux intervenants sociaux les outils nécessaires afin d’établir avec les jeunes une relation d’échange de connaissances et de savoir-faire et non de tutorat.

Aux organisations de jeunes :

De sensibiliser leurs animateurs aux pratiques de l’internet par les jeunes afin de comprendre leurs usages et de leur permettre d’aller au-delà.

De tirer opportunité de leurs sites web pour encourager les jeunes à produire leur propre information.

Au concepteurs de services en ligne :

De concevoir des liens entre les médias sociaux et les services en ligne afin que l’expérience multitâches des jeunes se transforme en multi-univers.

Aux dirigeants d’entreprises et aux recruteurs :

De tenir compte du décalage entre les usages des jeunes et des attentes des entreprises ; de fournir aux jeunes des formations qui leur permettent de passer de l’un à l’autre.

De mettre en place des dispositifs de communication qui prennent mieux en compte les compétences numériques des jeunes.

Aux journalistes et médias :

D’adopter une position critique face au mythe de la génération des « natifs numériques » qui ne peut qu’accroitre les difficultés, voire le sentiment de marginalisation de certains jeunes.

De participer à la mission d’éducation permanente des médias en travaillant sur la capacité de décryptage de l’information des jeunes et de leurs parents.

Article précédent de la série : cliquez ici.

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formation Jeunes

Jeunes, informatique et entreprise : un décalage croissant entre offre et demande des compétences (2)

Dans l’article précédent, nous avons vu que les jeunes étaient loin d’être tous aussi connectés que ne le pensent généralement les adultes.  Aujourd’hui, nous allons continuer l’exploration de l’étude de la Fondation Travail Université et voir plus en détail quelles sont les disparités entre les pratiques des jeunes sur Internet et, surtout, quel est le décalage existant entre les compétences réelles des jeunes et les attentes des acteurs institutionnels : écoles, aide à la jeunesse et entreprises.

La génération des natifs numériques

Les 16-25 ans forment la première génération née dans le “tout numérique”.  Ils se sont massivement appropriés les nouvelles technologies et certains auteurs les considèrent même comme “hypercommuniquants”, en référence à leur consommation vorace de SMS, MMS, mails, MSN, Google et autres médias sociaux…

Ce phénomène a d’ailleurs attiré l’attention du public et des autorités sur deux dimensions des pratiques numériques de jeunes : d’une part, leur aisance apparemment “naturelle” à évoluer dans un univers mouvant et pluridimensionnel (les “screenagers”), d’autre part sur les dangers supposés (surconsommation, harcèlement, danger d’assuétude aux jeux, etc.) engendrés par une présence quasi-continue en ligne.

Les études concernent surtout les adolescents de 11-18 ans, avec une relative imprécision sur les âges et prennent rarement en compte le statut économique et social des jeunes : on les considère comme des adolescents prolongés sans envisager la transition entre les études et la vie professionnelle.

Cette manière de voir engendre également un biais de taille : en dépeignant la génération des “natifs numériques” comme une masse uniforme de jeunes prodiges des médias, on oublie toute une frange de la population qui vit une réelle exclusion de cet univers numérique.

Mais il est vrai que cette fracture numérique est plus subtile et moins apparente chez les jeunes que chez les adultes.  Ce qui fait la différence se mesure moins en termes d’accès à Internet qu’en termes de pratiques.  Pour pouvoir comprendre ces nuances, il faut distinguer la qualité de l’accès, la forme de l’engagement et les modes d’usage.

Un jeune qui possède une connexion à haut débit dans sa chambre a un autre rapport à Internet qu’un de ses copains qui emprunte l’ordinateur d’un parent ou fréquente un cybercafé… L’utilisation pertinente et maitrisée des TIC suppose qu’on possède des connaissances et compétences cognitives qui ne vont pas de soi.  Les inégalités numériques se superposent alors à des inégalités plus classiques :  sociales, économiques, culturelles.

Une autre inégalité plus subtile encore est que leurs pratiques limitées d’Internet peut les laisser pour compte sur le marché de l’emploi alors qu’ils sont parfaitement insérés socialement…

Cette complexité de la fracture numérique chez les jeunes entraîne les auteurs à parler davantage de “zones de fracture numérique”.

Du côté des acteurs de terrain, on constate que la fracture numérique des jeunes ne fait pas partie des priorités.  Les jeunes totalement offline étant rarissimes, les situations de fracture numériques sont subtiles et concernent très peu de jeunes à la fois : on parle de “situation de quasi-déconnexion”.

Les facteurs de ces situations sont nombreux et varient selon les individus, mais on peut toutefois dégager des tendances lourdes :

  • déconnexion de parents,
  • problèmes familiaux,
  • marginalisation,
  • qualité ou organisation du logement,
  • handicap physique ou mental,
  • barrières culturelles,
  • mise à l’écart de la société (hôpital, prison, etc.).

Ces situations n’expliquent pas tout, car certains jeunes les vivent tout en étant pleinement connectés…  On est donc loin d’un fantasme de déterminisme social…  Si la pauvreté joue un certain rôle, les structures familiales, le niveau d’éducation et le milieu culturel pèsent davantage sur l’e-exclusion des jeunes.

Usage, non-usage et déconnexion

Lorsqu’on examine les usages d’Internet des jeunes, un constat s’impose : la majorité d’entre eux se limitent aux pratiques de base : communication via messagerie instantanée, emails ou téléchargement de films ou de musique.  L’utilisation de services commerciaux et/ou administratifs est nettement plus faible.

Autre surprise : si les services de bases sont utilisés partout à la même fréquence, il existe une forte disparité régionale dans l’utilisation des services spécialisés :

  • lecture de journaux en ligne : 24% en Flandre, 21% à Bruxelles, 14% en Wallonie
  • envoi et réception de courrier électronique : 91% en Flandre, 82% à Bruxelles, 76% en Wallonie
  • recherche d’information sur les biens et services : 76% en Flandre, 57% à Bruxelles, 58% en Wallonie

Mauvaise nouvelle pour la presse : alors que le format papier connait une chute vertigineuse de ses ventes, la relève numérique est loin d’être assurée…

La comparaison avec les pays voisins est encore plus marquée.

Les jeunes Belges achètent peu sur Internet : 70 % des filles de 16-25 ans n’ont jamais rien acheté en ligne pour 64% des garçons…  Soit un total de 67%, comparé aux 25% des Allemands, 44% des Français, 41% des Luxembourgeois ou 27% des Néerlandais.  Voilà qui relativise également nos idées sur le marketing on line…

Une enquête de la Jeugd Onderzoeks Platform de 2006 montre que l’activité Internet des 16-24 ans se concentre essentiellement sur 4 “fonctions” :

  • la détente (téléchargement de musique et vidéo, jeux, blogs, etc.) qui concerne surtout les garçons les plus jeunes ou les moins qualifiés;
  • l‘information (sites culturels, presse en ligne, sites touristiques, de sports, de variété, etc.)  qui est le fait des garçons les plus âgés, les mieux instruits et dont les parents travaillent;
  • la communication (messagerie classique et instantanée, téléchargement musique et vidéo, etc.) est préférée par les plus jeunes, au niveau d’instruction plus faible, dont les parents travaillent;
  • la commerciale (enchères, vente et achat en ligne, sites bancaires, recherche d’emploi, etc.)  est associée à une conjonction de facteurs  : âge, niveau d’instruction du jeune et de ses parents.

Les compétences numériques des jeunes

Une des idées reçues les plus bousculées par ces enquête est la conviction que les jeunes ont un niveau élevé de familiarité avec les NTIC et Internet en particulier.

L’enquête révèle que 36% à peine des jeunes interrogés sont capables de réaliser des tâches élémentaires sur Internet !!!

Ici aussi les disparités régionales sont très marquées mais, souvent à l’avantage des jeunes wallons :

  • gérer un blog personnel : Wallons 35%, Bruxellois 19%, Flamands, 11%;
  • protéger son ordinateur contre les virus : Wallons 46%, Bruxellois 45%, Flamands 36%;
  • poster un message sur un chatroom ou un forum : wallons 65%, Bruxellois 56%, Flamands 45%;
  • échanger des fichiers en P2P (films, musiques, jeux…) : Wallons 37%, Bruxellois 30%; Flamands 22%.

Ce qui relativise pour le moins l’image du jeune passant ses journées à pirater des films ou de la musique !!!

Si on compare les compétences des jeunes 16-24 ans avec celles des autres tranches d’âge, les jeunes sont à peine plus performants que les 25-34 ans pour l’ensemble des tâches de base sur Internet.  La différence se marque surtout pour le chat, l’échange de fichiers et les blogs, toutes activités très connotées “jeunes”.

Une fraction importante des jeunes estime que leurs capacités informatiques sont insuffisantes pour affronter les exigences du marché de l’emploi : 33%.

Beaucoup  déclarent aussi avoir acquis leurs compétences informatiques dans des réseaux informels plutôt qu’à l’école ou dans des centres de formation.  Les disparités régionales sont également très importantes à cet égard, puisque 70% des jeunes Flamands affirment avoir appris l’informatique à l’école, contre 54% des Wallons et 41% des Bruxellois.  Cette différence pourrait s’expliquer par la meilleure intégration de l’informatique à l’école en Flandre et au décrochage scolaire important en Wallonie…

On peut dire, pour résumer, que ce qui distingue les pratiques Internet des jeunes de celles des adultes, est l’importance de l’affirmation identitaire et de la socialisation, à travers médias sociaux et autres messageries.

Ils sont également beaucoup plus à même de réguler leur présence en ligne que l’on ne le croit généralement.  Ainsi, chez les 16-19 ans l’abandon volontaire d’Internet représente la moitié des situations de non-connexion…

Mais si les jeunes réalisent leurs recherches sur Internet plus rapidement que leurs aînés, ils consacrent aussi beaucoup moins de temps à vérifier et critiquer l’information récoltée. Ils recherchent plutôt des réponses spécifiques qu’une interprétation de l’information.

Les conclusions des observateurs sont préoccupantes : ils estiment que l’élargissement des capacités techologiques ne va pas de pair avec une meilleure maîtrise de l’information.  Il leur manque le “bagage critique nécessaire pour interpréter, comprendre, évaluer et gérer cette information”.

Un autre problème détecté est que les normes utilisées pour mesurer les compétences Internet des jeunes sont en décalage avec leurs pratiques.

La formation est aussi en décalage avec les attentes des jeunes : celles-ci sont souvent proposées en groupe alors que les jeunes considèrent l’informatique comme une activité individuelle.  Pour eux, c’est d’abord une expression de soi, comme l’écriture pour leurs aînés…

Plus grave, les acteurs de terrain estiment que l’école et les institutions responsables du bien-être des jeunes ont une perception faussée des compétences réelles des jeunes en matière de nouvelles technologies et donc formulent des attentes disproportionnées ou décalées à leur égard. Les travailleurs de l’aide à la jeunesse sont eux-mêmes peu formés à ces techniques.

Il manque donc une passerelle entre les jeunes, l’école, les institutions et le monde du travail. Des jeunes hypercompétents dans des jeux en ligne sont complètement démunis devant un formulaire d’une agence d’interim ou un horaire de transport en commun.  Les concepteurs de sites ne tiennent pas compte de ces spécificités du public jeune et passent donc à côté de réelles opportunités de communication.

Conclusion

Il vaut sans doute mieux parler de décalage que d’exclusion d’Internet des jeunes.  Décalage entre leur culture et leurs pratiques et les attentes des écoles, des institutions et des entreprises.

Les jeunes en quasi-déconnexion se caractérisent surtout par un usage limité d’Internet.  Ils ne sont pas capables de sortir de cet univers “e-culturel” et de franchir le chemin vers la société de l’information qui résulte de choix économiques et politiques.

Demain : dernière partie de cet article, Les mesures à envisager pour réduire ces zones de fracture numérique des jeunes.

La génération des natifs numériques

Les 16-25 ans forment la première génération née dans le “tout numérique”.  Ils se sont massivement approprié les nouvelles technologies et certains auteurs les considèrent même comme “hypercommuniquants”, en référence à leur consommation vorace de SMS, MMS, mails, MSN; Google et autres médias sociaux…

Ce phénomène a d’ailleurs attiré l’attention du public et des autorités sur deux dimensions des pratiques numériques de jeunes : d’une part, leur aisance apparemment “naturelle” à évoluer dans un univers mouvant et pluridimensionnel (les “screenagers”), d’autre part sur les dangers supposés (surconsommation, harcèlement, danger d’assuétude aux jeux, etc.) engendrés par une présence quasi-continue en ligne.

Les études concernent surtout les adolescents de 11-18 ans, avec une relative imprécision sur les âges et prennent rarement en compte le statut économique et social des jeunes : on les considère comme des adolescents prolongés sans envisager la transition entre les études et la vie professionnelle.

Cette manière de voir engendre également un biais de taille : en dépeignant la génération des “natifs numériques” comme une masse uniforme de jeunes prodiges des médias, on oublie toute une frange de la population qui vit une réelle exclusion de cet univers numérique.

Mais il est vrai que cette fracture numérique est plus subtile et moins apparente chez les jeunes que chez les adultes.  Ce qui fait la différence se mesure moins en termes d’accès à Internet qu’en termes de pratiques.  Pour pouvoir comprendre ces nuances, il faut distinguer la qualité de l’accès, la forme de l’engagement et les modes d’usage.

Un jeune qui possède une connexion à haut débit dans sa chambre a un autre rapport à Internet qu’un de ses copains qui emprunte l’ordinateur d’un parent ou fréquente un cybercafé… L’utilisation pertinente et maitrisée des TIC suppose qu’on possède des connaissances et compétences cognitives qui ne vont pas de soi.  Les inégalités numériques se superposent alors à des inégalités plus classiques :  sociales, économiques, culturelles.

Une autre inégalité plus subtile encore est que leurs pratiques limitées d’Internet peut les laisser pour compte sur le marché de l’emploi alors qu’ils sont parfaitement insérés socialement…

Cette complexité de la fracture numérique chez les jeunes entraîne les auteurs à parler davantage de “zones de fracture numérique”.

Du côté des acteurs de terrain, on constate que la fracture numérique des jeunes ne fait pas partie des priorités.  Les jeunes totalement offline étant rarissimes, les situations de fracture numériques sont subtiles et concernent très peu de jeunes à la fois : on parle de “situation de quasi-déconnexion”.

Les facteurs de ces situations sont nombreux et varient selon les individus, mais on peut toutefois dégager des tendances lourdes :

déconnexion de parents,

problèmes familiaux,

marginalisation,

qualité ou organisation du logement,

handicap physique ou mental,

barrières culturelles,

mise à l’écart de la société (hôpital, prison, etc.).

Ces situations n’expliquent pas tout, car certains jeunes les vivent tout en étant pleinement connectés…  On est donc loin d’un fantasme de déterminisme social…  Si la pauvreté joue un certain rôle, les structures familiales, le niveau d’éducation et le milieu culturel pèsent davantage sur l’e-exclusion des jeunes.

Usage, non-usage et déconnexion

Lorsqu’on examine les usages d’Internet des jeunes, un constat s’impose : la majorité d’entre eux se limitent aux pratiques de base : communication via messagerie instantanée, emails ou téléchargement de films ou de musique.  L’utilisation de services commerciaux et/ou administratifs est nettement plus faible.

Autre surprise : si les services de bases sont utilisés partout à la même fréquence, il existe une forte disparité régionale dans l’utilisation des services spécialisés :

lecture de journaux en ligne : 24% en Flandre, 21% à Bruxelles, 14% en Wallonie.

envoi et réception de courrier électronique : 91% en Flandre, 82% à Bruxelles, 76% en Wallonie

recherche d’information sur les biens et services : 76% en Flandre, 57% à Bruxelles, 58% en Wallonie

Mauvaise nouvelle pour la presse : alors que le format papier connait une chute vertigineuse de ses ventes, la relève numérique est loin d’être assurée…

La comparaison avec les pays voisins est encore plus marquée.

Les jeunes Belges achètent peu sur Internet : 70 % des filles de 16-25 ans n’ont jamais rien acheté en ligne pour 64% des garçons…  Soit un total de 67%, comparé aux 25% des Allemands, 44% des Français, 41% des Luxembourgeois ou 27% des Néerlandais.  Voilà qui relativise également nos idées sur le marketing on line…

Une enquête de la Jeugd Onderzoeks Platform de 2006 montre que l’activité Internet des 16-24 ans se concentre essentiellement sur 4 “fonctions” :

la détente (téléchargement de musique et vidéo, jeux, blogs, etc.) qui concerne surtout les garçons les plus jeunes ou les moins qualifiés;

l’information (sites culturels, presse en ligne, sites touristiques, de sports, de variété, etc.)  qui est le fait des garçons les plus âgés, les mieux instruits et dont les parents travaillent;

la communication (messagerie classique et instantanée, téléchargement musique et vidéo, etc.) est préférée par les plus jeunes, au niveau d’instruction plus faible, dont les parents travaillent;

la commerciale (enchères, vente et achat en ligne, sites bancaires, recherche d’emploi, etc.)  est associée à une conjonction de facteurs  : âge, niveau d’instruction du jeune et de ses parents.

Les compétences numériques des jeunes

Une des idées reçues les plus bousculées par ces enquête est la conviction que les jeunes ont un niveau élevé de familiarité avec les NTIC et Internet en particulier.

L’enquête révèle que 36% à peine des jeunes interrogés sont capables de réaliser des tâches élémentaires sur Internet !!!

Ici aussi les disparités régionales sont très marquées mais, souvent à l’avantage des jeunes wallons :

gérer un blog personnel : Wallons 35%, Bruxellois 19%, Flamands, 11%;

protéger son ordinateur contre les virus : Wallons 46%, Bruxellois 45%, Flamands 36%;

poster un message sur un chatroom ou un forum : wallons 65%, Bruxellois 56%, Flamands 45%;

échanger des fichiers en P2P (films, musiques, jeux…) : Wallons 37%, Bruxellois 30%; Flamands 22%.

Ce qui relativise pour le moins l’image du jeune passant ses journées à pirater des films ou de la musique !!!

Si on compare les compétences des jeunes 16-24 ans avec celles des autres tranches d’âge, les jeunes sont à peine plus performants que les 25-34 ans pour l’ensemble des tâches de base sur Internet.  La différence se marque surtout pour le chat, l’échange de fichiers et les blogs, toutes activités très connotées “jeunes”.

Une fraction importante des jeunes estime que leurs capacités informatiques sont insuffisantes pour affronter les exigences du marché de l’emploi 33%.

Beaucoup  déclarent aussi avoir acquis leurs compétences informatiques dans des réseaux informels plutôt qu’à l’école ou dans des centres de formation.  Les disparités régionales sont également très importantes à cet égard, puisque 70% des jeunes Flamands affirment avoir appris l’informatique à l’école, contre 54% des Wallons et 41% des Bruxellois.  Cette différence pourrait s’expliquer par la meilleure intégration de l’informatique à l’école en Flandre et au décrochage scolaire important en Wallonie…

On peut dire, pour résumer, que ce qui distingue les pratiques Internet des jeunes de celles des adultes, est l’importance de l’affirmation identitaire et de la socialisation, à travers médias sociaux et autres messageries.

Ils sont également beaucoup plus à même de réguler leur présence en ligne que l’on ne le croit généralement.  Ainsi, chez les 16-19 ans l’abandon volontaire d’Internet représente la moitié des situations de non-connexion…

Mais si les jeunes réalisent leurs recherches sur Internet plus rapidement que leurs aînés, ils consacrent aussi beaucoup moins de temps à vérifier et critiquer l’information récoltée.  Ils recherchent plutôt des réponses spécifiques qu’une interprétation de l’information.

Les conclusions des observateurs sont préoccupantes : ils estiment que l’élargissement des capacités techologiques ne va pas de pair avec une meilleure maîtrise de l’information.  Il leur manque le “bagage critique nécessaire pour interpréter, comprendre, évaluer et gérer cette information”.

Un autre problème détecté est que les normes utilisées pour mesurer les compétences Internet des jeunes sont en décalage avec leurs pratiques.

La formation est aussi en décalage avec les attentes des jeunes : celles-ci sont souvent proposées en groupe alors que les jeunes considèrent l’informatique comme une activité individuelle.  Pour eux, c’est d’abord une expression de soi, comme l’écriture pour leurs aînés…

Plus grave, les acteurs de terrain estiment que l’école et les institutions responsables du bien-être des jeunes ont une perception faussée des compétences réelles des jeunes en matière de nouvelles technologies et donc formulent des attentes disproportionnées ou décalées à leur égard.  Les travailleurs de l’aide à la jeunesse sont eux-mêmes peu formés à ces techniques.

Il manque donc une passerelle entre les jeunes, l’école, les institutions et le monde du travail.  Des jeunes hypercompétents dans des jeux en ligne sont complètement démunis devant un formulaire d’une agence d’interim ou un horaire de transport en commun.  Les concepteurs de sites ne tiennent pas compte de ces spécificités du public jeune et passent donc à côté de réelles opportunités de communication.

Conclusion

Il vaut sans doute mieux parler de décalage que d’exclusion d’Internet des jeunes.  Décalage entre leur culture et leurs pratiques et les attentes des écoles, des institutions et des entreprises.

Les jeunes en quasi-déconnexion se caractérisent surtout pas un usage limité d’Internet.  Ils ne sont pas capables de sortir de cet univers “e-culturel” et de franchir le chemin vers la société de l’information qui résulte de choix économiques et politiques.

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04/224.65.36. – 04/224.65.38.

info@sodie.be

www.sodie.be