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Les MOOCs sont-ils des armes de destruction massive ?

Les MOOCs sont-ils dangereux ?  Sont-ils susceptibles de détournement à des fins militaires ou terroristes ?  C’est ce que semble penser l’administration américaine qui vient d’interdire la diffusion des MOOCs dans quatre pays : l’Iran, Cuba, le Soudan et la Syrie.

La nouvelle m’est arrivée hier et m’a fait l’effet d’une bombe : l’administration américaine vient de décider que la diffusion des MOOCs dans quatre pays soumis à l’mbargo était désormais illégale.   L’Iran, le Soudan, Cuba et la Syrie sont désormais privés de cours massifs en ligne et gratuits.

Plus de MOOCs Coursera pour les ennemis de l’Amérique

Depuis quelques semaines, je suis avec passion le MOOCs « Constitutional Struggles in the Muslim World« .  Il s’agit d’un MOOC (Massive Open Online Course) proposé sur la plateforme Coursera par l’Université de Copenhague et animé par le professeur Ibrahim Afsah.

C’est l’un des meilleurs MOOCs auxquels j’ai jamais participé, que ce soit en termes de contenus, d’activités du Forum, de la préoccupation constante du professeur de coller à l’actualité du monde musulman, etc.

Hier, M. Ibrahim Afsah nous a envoyé un mail dans lequel il nous disait sa tristesse et sa consternation (je traduis directement de l’anglais) :

« J’écris cet email à contre-coeur et avec un degré considérable de tristesse et de colère.  Peu de choses illustrent la bêtise (bone-headedness), la courte vue et le chauvinisme simpliste de la structure politique des Etats-Unis que les mesures que ses idéologues sont prêts à prendre pour engranger des points en politique intérieure, en vue de leurs intérêts étroits, que la poursuite du régime des sanctions qui a clairement échoué. »

Suite un paragraphe sur Apple et l’interdiction d’exporter ses ordinateurs dans les pays sous embargo.

« Mais vous serez sans doute intéressé d’entendre que mon cours également (et tout ce que Coursera offre) a été classifié sinon en tant qu’arme qui pourrait être mal utilisée, en tant que « service » et en tant que tel, ne doit pas tomber entre les mains de quiconque a le malheur de vivre dans des pays que les Etats-Unis n’aiment pas.  J’ai donc été informé que mes étudiants de Cuba, de Syrie, du Soudan et de mon pays (M. Afsah est d’origine iranienne, NDLA) ne seront plus en mesure d’accéder à ce cours.  Je vous laisse donc juge si ce cours constitue ou non une arme et si oui, quel bénéfice le citoyen américain moyen pourrait éventuellement tirer de la restriction de son accès. »

La démocratie américaine sur une pente dangereuse

« Permettez-moi de répéter que je suis consterné par cette décision.   Notez, je vous prie, que personne chez Coursera n’a eu le choix en la matière.

En tout cas, soyez assurés que ceci ne reflète en rien les valeurs de l’Université de Copenhague, de sa faculté de droits et certainement pas les miennes.

Laissez-moi terminer sur une note personnelle : en tant que bénéficiaire d’une bourse McCloy, créée pour encourager l’amitié transatlantique et en tant que personne qui a passé la majeure partie de ses années de formation aux Etats-Unis, je dois admettre que je suis inquiet de la pente que ce pays est en train de suivre.  

Bloquer l’accès à l’enseignement (et à la médecine) aux personnes dont on n’aime pas le gouvernement est une rechute dans les heures les plus sombres du siècle dernier.  Comme mon professeur du MIT, le Professeur Stephen van Evera, a déclaré aux personnes responsables de ceci : vos mères ne doivent pas être fières de vous aujourd’hui.« 

Communiqué de Coursera à ses professeurs

« Ainsi que certains d’entre vous le savent déjà, certaines règles du contrôle des exportations US interdisent les entreprises américaines, comme Coursera, d’offrir leurs services à des utilisateurs résidant dans les pays sanctionné (Cuba, Soudan, Iran et Syrie).  L’interprétation des règles de contrôle à l’exportation pour les MOOCs a été ambiguë jusqu’a aujourd’hui, et nous avons opéré selon cette interprétation de la loi.  La semaine dernière, Coursera a reçu une interprétation définitive indiquant que l’accès à ces cours constitue un service et que tous les services sont interdits par ces contrôles à l’exportation.

La notion de service inclut en particulier l’accès à l’évaluation humaine par voie de questionnaires et de tests, de travaux évalués par les pairs et des forums de discussion.  A regret, Coursera doit donc cesser d’offrir l’accès à ses MOOCs aux utilisateurs résidant dans les pays sanctionnés pour se plier aux lois américaines et éviter de sérieux problèmes légaux ».

Interpeller les autorités américaines sur la violation d’un droit humain fondamental

Le professeur conclut son message en conseillant aux étudiants de ne pas adresser leurs plaintes et leurs protestations à Coursera, impuissante en la matière.  Mais plutôt de s’adresser à leurs représentants au Sénat et au Congrès pour les résidents US et aux représentation américaines locales pour les autres.

Personnellement, je suis atterré.

Je crois que la démocratie est en danger quand des politiciens sacrifient la diffusion du savoir sur des bases idéologiques étroites.   Les MOOCs, même s’ils sont loin de constituer la panacée universelle en matière d’enseignement, offrent une chance d’accéder aux savoirs des meilleurs institutions académiques mondiales à ceux qui le souhaitent.

En coupant l’accès à ces cours à des étudiants de tout âge et de toute conditions dans les pays concernés, les Etats-Unis commettent une nouvelle agression qui ne peut qu’accroître la haine et le ressentiment contre son régime et à terme, contre la démocratie.

Il s’agit d’une violation grave d’un droit humain fondamental :

Article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen :

1. Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.

2. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. (C’est moi qui souligne).

Je crois que c’est suffisamment clair : par leur embargo sur les MOOCs, les Etats-Unis violent un droit humain fondamental.   Quant à favoriser « la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations », je vous laisse juge de l’efficacité de cette mesure…

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