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Ecrire pour la presse web : les portes d’entrée de votre article

Les articles sont lus – on peut l’espérer – sur une grande diversité de supports.  Et le lecteur y entre par de multiples portes.  Quelles en sont les conséquences pour le journaliste ?

Voici une première série de réponses.

Qu’est-ce qui fait la différence entre écrire pour la presse web ou la presse papier ?

L’actualité est la même et le lecteur reste la même personne.

Oui, mais les supports changent et ça change tout !

Une multiplicité de supports différents

Avant, le lecteur achetait SON journal.  Un journal auquel il était fidèle.  Les lecteurs du Figaro se distinguaient nettement de ceux de Libération.   Ceux du Soir de Bruxelles ne voulaient pas être confondus avec ceux de la Libre Belgique.  Le titre, la mise en page, le ton, les convictions politiques plus ou moins affichées, le format du papier…  tout concourrait à une  distinction tant physique qu’intellectuelle des divers titres.   La distinction était aussi claire entre presse régionale et nationale.

Avec l’avènement du numérique, le nombre de supports se multiplie.  Leur nature aussi.  A côté du papier, format journal, apparaissent une kyrielles de formats sur supports numériques : le lecteur dévore maintenant l’actualité depuis son PC, portable ou de bureau, sur sa tablette ou via son smartphone.  Les sites adoptent le « responsive design » : le même contenu doit apparaître et être lisible de la même manière sur tous les écrans.  Tandis que les éditeurs font pression sur les journalistes pour écrire toujours plus court…

Presse : papier, papier et web et pure players

Les journaux papiers seuls tendent à disparaître.  Aujourd’hui, la presse se décline soit sur papier ET Internet, soit sur Internet seul avec les pure players comme MyEurop, Rue89 ou encore le regretté Owni.

Je n’aborderai pas ici la question du modèle économique de la presse en ligne qui se cherche encore.  Ni de la probable disparition d’une majorité de titres existants.

Je veux dans cette série d’articles considérer le point de vue du journaliste et voir comment écrire efficacement pour le web.  Efficacement signifie : écrire pour être lu et compris.

Une multiplicité de portes d’entrée pour votre article

Le web – et ses différents supports : PC, tablettes, smartphones – constitue un changement radical par rapport au journal papier.

Avec le journal – ou le périodique papier – vous entrez dans votre article par une seule porte :  la une, la première page.  Vous y trouvez déjà une introduction des principaux articles, avec leur titre, une photo, un chapô, quelques lignes.    Et l’indication de la page où trouver la suite de l’article.  La page Une constituait donc une sorte de table des matières illustrée, en même temps qu’un résumé et une introduction aux articles.

Si vous aviez entendu évoquer un article à la radio ou si quelqu’un vous avait parlé d’un événement qui vous touche particulièrement, vous vous précipitiez vers la page en question.  Mais c’était l’exception à la règle.

Les différentes portes d’entrée vers votre article

Avec Internet, le nombre de portes d’entrée vers votre article s’est multiplié de façon exponentielle !

Bien sûr, il y a toujours la page d’accueil du site, qui est l’équivalent de la une d’un journal.   Ici, vous ne feuilletez plus – à moins que vous consultiez une édition en PDF – mais vous cliquez sur des liens pour vous rendre sur la page de l’article.

Mais cette façon de faire ne représente qu’une infime partie de vos lecteurs : les lecteurs réguliers qui consultent la page d’accueil de leur journal préféré.

Mais la majorité d’entre eux ne lisent plus la presse de cette façon.

Bon nombre d’entre vos lecteurs trouveront votre article grâce à des mots-clés qu’ils ont tapé dans Google.

Exemple : votre article traite de l’abdication de la reine Beatrix des Pays-Bas.  Vos mots-clés comprendront au minimum « reine », « Pays-Bas », « Beatrix », « abdication », etc.

D’autres viendront via la newsletter du journal, à laquelle ils sont abonnés.  Certains auront eu – par e-mail, via un ami, par exemple – un lien qui renvoie directement vers votre article.

De plus en plus de lecteurs vous arrivent via les médias sociaux : Facebook, Twitter, Linked In, Stumble Upon… pour n’en citer que quelques-uns…  Les outils de curation – comme Scoop it, Paper.ly ou encore Hootsuite – sont aussi responsables d’une bonne part du trafic en relayant les liens publiés dans les médias sociaux…

Les sites des journaux concurrents ou les blogs dirigent aussi un nombre important de lecteurs vers l’article original dont ils se sont au mieux inspirés, au pire qu’ils ont plagié sans scrupule…

Vos lecteurs les plus assidus sont peut-être abonnés au flux RSS de votre publication.  Ou ils suivent ces flux via un agrégateur comme Google Reader.  C’est souvent le cas des professionnels qui veulent concentrer en un même lieu toute l’information qui les intéresse.

Enfin, les professionnels – journalistes, mais aussi cadres ou experts – lancent des alertes pour organiser une veille sur l’évolution de leur secteur ou pour soigner leur personal branding.  Des outils comme Google Alert ou Mention permettent de sélectionner les mots-clés relatifs à l’actualité que vous suivez.

Un article autosuffisant

Vous aurez compris qu’une écrasante majorité de lecteurs arriveront directement sur votre article.  Par une multiplicité de portes d’entrée.  Et avec une énorme variété d’outils et des attentes différentes.

Afin de répondre à cette nouvelle donne, votre article doit être autosuffisant.  Il n’y a plus de « page Une » pour expliquer au lecteur à quoi s’attendre.  C’est l’article lui-même qui doit s’en charger.

Cela signifie qu’il va falloir baliser le terrain et faciliter la lecture de votre visiteur.   Pour cela, vous disposez d’une série d’outils et de méthodes.  L’habillage – mise en page, titraille – va vous y aider.

Par contre, contrairement au papier, l’écriture web est hypertexte et les liens peuvent constituer un fil rouge qui guide votre lecteur.  A condition de les choisir avec soin : ils doivent renforcer la cohérence de votre article et non pas la diluer dans une dispersion inutile.

Ce sont tous ces éléments que je vous propose d’explorer dans une série d’articles à venir.  N’hésitez pas à me faire des suggestions : tous les avis sont les bienvenus 😉

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Mind Mapping Outils

Mindmapping pour le journalisme

Quel rapport entre le mindmapping et le journalisme ?  Un exemple de préparation d’interview.

Plus que vous ne le pensez.  Le mindmapping – ou carte heuristique – est un outil d’une efficacité exceptionnelle pour prendre des notes, structurer des documents, donner une cohérence à l’information.

Autrement dit : à peu près toutes les tâches d’écriture et d’organisation de l’information qui incombent au journaliste.  Je vais les explorer dans une série d’articles consacrés aux rapports entre pensée visuelle – et donc le mindmapping – et journalisme.

Aujourd’hui, je vous propose d’examiner comment préparer une interview.  Mais cette méthode de structuration des idées est utile pour tout type de documents.

Vous avez votre sujet, vous avec l’angle sous lequel vous voulez le traiter et, en bon journaliste, vous avez déjà rassemblé un peu d’informations sur la personne interviewée et son projet ou son actualité.

Une Montagne pour les Pays-Bas

Je prends un exemple tout récent : une interview de Thijs Zonneveld.  Ex-coureur cycliste professionnel, Thijs est à présent journaliste sportif et a une idée géniale quoiqu’un peu folle : construire une montagne aux Pays-Bas.

J’ai eu l’info en lisant un articulet de quelques lignes sur Internet.  J’ai été emballé par l’histoire, j’ai voulu en savoir davantage et je suis donc reparti à la recherche d’infos complémentaires.

J’ai trouvé le site officiel de Thijs avec son adresse email et trois articles qu’il a publié dans De Pers sur son projet de montagne.

J’ai donc envoyé un email à Thijs qui m’a répondu très vite et avec l’enthousiasme et la gentillesse dont il ne se départira pas pendant toute l’interview.

Si vous souhaitez lire cette interview, elle est publiée, ici, sur le site de MyEurop.info.

Le plan de l’interview

Je dispose déjà de quelques informations utiles sur le sujet.  Mais je veux approfondir et, surtout, donner mon propre éclairage sur le sujet.

Plan de mon interview

Analyse du plan de l’interview

Je savais déjà que Thijs avait conçu cette montagne en pensant aux sportifs : qu’il estimait que les Néerlandais sont à la traîne dans les sports de montagne parce qu’ils n’en ont pas chez eux.  Mais je voulais en savoir plus.  C’est par là que j’allais entamer mon interview.

Pour la localisation, j’avais entendu parler du Flevoland, cette province au Nord d’Amsterdam, là aussi je voulais creuser.

Qui ?  Ici, j’ai coloré en rouge deux sous-branches de ma carte : car je voulais savoir quel était encore le rôle de Thijs à présent que le projet était lancé et que des milliers de personnes s’en emparaient.  Quel serait encore son rôle ?  Quelle serait encore son implication personnelle dans le projet, maintenant et dans le futur ?

Coloration des sous-sujets

C’était d’autant plus important pour moi de connaître cette réponse que, dans son article, Thijs insistait sur le fait que ce projet devrait être « NOTRE montagne et non pas MA montagne ».  C’est ce qui figure dans la petite note inclue dans le sujet en rouge :

Notes à l’intérieur du sujet

Je savais qu’il voulait mettre sur pied un groupe pour étudier la faisabilité du projet, c’est aussi quelque chose qui était important pour moi et que j’avais envie d’en savoir plus.  Qui allait faire partie de ce groupe ?  Qui allait le coordonner ?  Etc.  J’ai donc coloré cette rubrique en rouge aussi pour ne pas l’oublier.

J’avais lu ailleurs dans la presse néerlandaise qu’un site web devrait être lancé.  Là aussi, il y a une petite note, car j’avais lu une déclaration de Thijs dans le même article, disant que le « projet doit être aussi transparent que possible ».  J’ai repris le paragraphe en néerlandais et la traduction dans ma petite note.

Extrait d’une interview précédente

 Thijs avait souligné dans une interview qu’il avait donnée à une chaîne de télé que les médias sociaux avaient joué un rôle énorme dans la diffusion du projet. Ici aussi, je voulais en savoir davantage.

La question Quand ? est également importante.  Quand va démarrer le projet ?  Combien de temps va-t-il durer ?  Se sont-ils donnés une deadline ?  Comme le site web devait démarrer la même semaine, j’ai renvoyé une flêche de Start (projet) à « Cette semaine » (site web).

Relation entre deux sous-sujets

Prêt à interviewer la vedette !

Je ne m’attendais pas à une réponse définitive à la question Combien ?  Même si je savais que Thijs avait évoqué la somme d’un milliard d’euros, je me doutais qu’à ce stade du projet cela ne pouvait être qu’un ordre de grandeur…

Pareil pour les résultats : à ce stade du projet, on ne peut guère que formuler des hypothèses.

Vous pouvez lire le texte intégral de cette interview de 30 minutes sur le site de MyEurop.info.

Dans un prochain billet, j’explorerai avec vous la prise de notes durant une interview et comment en tirer parti lors de l’écriture de l’article.

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