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Mindmapping : visualisation 3D et mondes immersifs

Que peuvent apporter la vision 3D et les mondes immersifs pour le mindmapping ?

Un exposé organisé par Métalectures sur Francogrid illustre de nouveaux modes de visualisation des données.  Dont un CV 3D évolutif et des cartes mentales en 3 dimensions.

Sur base de l’exposé de Pierre-Yvves Perez, aka Faslstaff Delvalle, j’ai repris les spécificités du  mindmapping en 3D et en monde immersif.

Métalectures propose depuis quelques semaines des exposés virtuels sur l’utilisation des mondes immersifs en éducation.  J’ai d’ailleurs eu l’opportunité d’y animer une conférence sur l’histoire de la pensée visuelle.

Hier, c’était au tour de Falstaff Delvalle, aka Pierre-Yves Perez de nous dévoiler les travaux de son association : celle-ci travaille dans le domaine de la souffrance au travail.  Mais procède aussi à l’évaluation et à l’expérimentation de nouveaux outils.  Et notamment des potentialités des mondes immersifs ou persistants.

Carte mentale en 3 dimensions

Une retransmission vidéo de cet exposé et de la visite est visible sur Francogrid Live.

Des mindmaps en 3D : pour quoi faire ?

Entre autres outils – un CV 3D évolutif, de la visualisation de compétences, etc. – l’association expérimente les mindmaps ou cartes mentales en trois dimensions dans les mondes immersifs.

A première vue, on pourrait prendre ces constructions tentaculaires pour de vulgaires gadgets pour geeks ou nerds.  Mais dans son exposé, Pierre-Yves Perez nous donne des arguments concrets auxquels tant les entreprises que les spécialistes du mindmapping devraient s’attarder.  J’ai regroupé ces arguments sur une carte mentale en 2D…  (Cliquez sur l’image pour l’agrandir ou téléchargez-la gratuitement sur Biggerplate).

Des spécificités uniques

L’immersion confère au participant une perception de l’espace et de son corps qu’aucune autre méthode sur Internet ne peut donner.  Il faut l’avoir expérimenté au moins une fois pour savoir à quel point on perd la notion de l’avatar et on se sent projeté, investi entièrement dans un monde à l’aspect réel.

Les distances, les proportions, les relations à l’espace et aux autres sont préservées : l’impression d’être là est réelle.  La perception de la profondeur, du mouvement – votre avatar marche, court ou vole – la manipulation des objets, tout évoque une véritable « corporéité » que les faux 3D aplatis en 2D n’approcheront jamais…

Les relations avec les autres possèdent aussi, du fait de la spacialité et de la corporéité, une dimension émotionnelle totalement absente des mondes en deux dimensions.   Or, en pédagogie, on sait à quel point cette dimension émotionnelle est importante pour l’acquisition des savoirs.  Ces outils constituent donc un apport essentiel au monde de la formation.

La vision 3D assure aussi une « présence physique » des objets : ils sont là, ils constituent autant d’obstacles tangibles.  Une mindmap 3D dans un monde immersif est un objet de dimensions variables, autour duquel on peut tourner pour en contempler les différentes faces, qu’on peut manipuler ou survoler.

Le fait de disposer de différentes faces par branches permet aussi de présenter différentes idées par branches sans les confondre.  On peut zoomer quasiment à l’infini.  Et donc chaque idée peut constituer le départ d’une nouvelle mindmap sur laquelle il suffit de zoomer pour en analyser tous les détails.

Lors d’une réunion virtuelle, chaque nouvelle idée émise peut devenir un nouvel objet sur la carte.   Mieux : on peut reconstituer un brainstorming et demander à chacun de venir déposer son idée sur la mindmap.  L’impression de déplacement, d’action collective est réelle.

Ces cartes sont persistantes : une personne qui n’a pu assister à la réunion peut venir consulter cette carte à tout moment.  Elle peut être réutilisée autant de fois qu’on le souhaite.  Elle est duplicable et transformable presque à l’infini.

Les mondes persistants offent aussi une réelle solution de travail collaboratif à distance : les collaborateurs se parlent au travers de leurs avatars, ils se touchent, se donne des objets, circulent dans un espace commun et relativement au groupe.  C’est une expérience totale.

Le coût d’une telle réunion est dérisoire : pas de location de bâtiments ou de matériel, pas de déplacements.  Et l’accès est ouvert à tous, y compris aux personnes à mobilité réduite.

La démocratisation du mindmapping pourrait bien passer par là lors des prochaines années !

Marco Bertolini

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Journalisme

Ecrire pour la presse web : l’importance cruciale de l’habillage

On sent tous de manière intuitive que l’habillage d’un texte a de l’importance.  Un bon titre, bien visible.  Une mise en page agréable.  Des images cohérentes avec le sujet et des intertitres clairs.

Mais l’habillage peut aussi changer dramatiquement la perception qu’un lecteur aura de votre article.  Un exemple avec un des mes articles, paru avec des habillages très contrastés dans deux médias différents : MyEurop et Owni.

Troisième article de la série « Ecrire pour la presse web » après « les portes d’entrées de votre article » et « le mythe du toujours plus court« .

L’importance de l’habillage pour un texte de presse en ligne est souvent sous-estimée.  Or, la position unique de l’article sur la page web renforce, amplifie l’effet de l’habillage sur la perception qu’aura le lecteur de votre article.  En effet, dans un journal papier, un article est rarement isolé : il est entouré d’un, voire de plusieurs autres articles : sur le web, le lecteur n’a que votre article sous les yeux.  Et l’habillage bénéficie d’un impact d’autant plus important.

Pour illustrer cette hypothèse, j’ai pris un de mes propres articles pour exemple.  Il s’agit d’un article sur un réseau citoyen et les policiers bénévoles aux Pays-Bas.  L’article est paru initialement dans MyEurop et a été repris par Owni.  Il a également été inséré dans un article sur le site de France 2  par Jacques Deveaux pour illustrer un reportage intitulé « Policiers occasionnels aux Pays-Bas« .

Sur MyEurop, l’article s’intitulait Des policiers-citoyens pour sécuriser les Néerlandais tandis qu’Owni titrait : Les milices fleurissent aux Pays-Bas !  Il semble d’ailleurs qu’il y ait du flottement dans le choix du titre, puisque le lien d’Owni affiche : les milices de quartier des Pays-Bas.

Mais, lors du passage d’un site d’information à l’autre, le titre a été passablement dramatisé, vous en conviendrez !

L’habillage, ce n’est pas que le titre.  C’est aussi, le chapô, la titraille, l’utilisation de la graisse, de la ponctuation et des images.

Un chapeau plus dramatique et personnalisé

MyEurop résume ainsi l’article dans le chapô :

« Faute de moyens et afin de réduire le taux d’affaires non-résolues, les autorités néerlandaises font appels à des citoyens bénévoles. Ceux-ci participent à des réseaux de surveillance ou s’enrôlent dans la « police volontaire ». Une politique assortie de risques non-négligeables. Article et reportage vidéo. »
 

Un texte relativement neutre, informatif : une bonne synthèse du contenu de l’article.

Comment Owni traite l’information dans son chapô ?  Un contenu beaucoup plus dramatique et personnalisé.

« OWNI publie ce témoignage signé Marco Bertolini consacré aux milices néerlandaises. C’est l’histoire d’un citoyen installé dans un quartier bucolique des Pays-Bas et qui découvre un matin que les autorités néerlandaises font appels à des citoyens bénévoles. Autour de lui, de paisibles pères de famille s’éclatent dans des milices de quartier. Un récit initialement paru chez nos amis de MyEurop. »
 

L’article est présenté non comme l’oeuvre d’un journaliste professionnel qui enquête sur les possibles dérives policières aux Pays-Bas, mais comme le témoignage d’un « citoyen » qui « découvre un matin » qu’on fait appel à des citoyens bénévoles pour la chasse aux gangsters.  De « paisibles pères de famille s’éclatent dans les milices de quartier ».

Mon travail de journaliste est donc devenu le témoignage d’un simple citoyen qui découvre une réalité insoupçonnée.  C’est une façon de personnaliser l’histoire, un procédé probablement aussi vieux que le journalisme.

Les images-chocs transforment la perception du contenu

Owni ne s’est pas arrêté là.

Son équipe a habillé le texte d’images dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles tranchent singulièrement avec celles utilisées par MyEurop !

Jugez plutôt.

Voici la première photo utilisée par MyEurop :

Première image MyEurop

Et voici la première image qu’Owni affichait en tête de l’article, ainsi que le nouveau titre et le chapô retravaillé :

La première image d’Owni

La référence à Big Brother et à son oeil omniprésent est évidente.

Les autres illustrations contrastent de la même manière.  Voici une capture d’écran de la vidéo qui figure sur l’article de MyEurop : un policier-lambda en train de verbaliser.  Les policiers bénévoles n’ont pas l’air trop inquiétant.

Capture d’écran du reportage vidéo

La deuxième photo d’Owni joue sur la suggestion : une silhouette découpée à hauteur du buste, dans une rue déserte, avec la proximité de l’eau sombre, qui contribue à l’atmosphère glauque.  Une image hitchcockienne.

Une photo tirée d’un film de Hitchcock ?

Image que ne contredira pas la suivante : un oeil dans lequel la pupille est remplacée par une tête de mort et deux tibias comme on en trouve sur les étiquettes de poison…  La dramatisation est portée à son comble avec l’oeil qui rappelle la surveillance constante des Big Brothers contemporains que sont les réseaux citoyens et les policiers bénévoles, encadrant un symbole de mort par empoisonnement.

Un oeil scrutateur et empoisonné

L’utilisation des photos noir et blancs et sur des thèmes évoquant un univers orwellien dramatise au maximum la perception du contenu de l’article.  Nous sommes ici dans un environnement hostile, potentiellement violent et dangereux.

Les encadrés gris, dans lesquels figurent les citations, renforcent cette impression d’atmosphère à la fois anonyme et irrespirable.

Certaines portions de textes – comme la citation au-dessus de l’oeil – ont été déplacées par rapport à l’original afin de les isoler davantage, pour les mettre en évidence.   Et pour les rapprocher des photos dramatiques : le texte isolé et la photo se renforcent mutuellement.

Lorsque j’ai découvert mon texte habillé de cette façon, ma première impression a été un choc !

Je savais que l’article allait être reproduit sur une page d’Owni.  Connaissant le média, je ne doutais pas une seconde que son équipe « rhabillerait » le texte à sa façon.  Mais je ne m’attendais pas à une telle transformation.  Or, le texte lui-même n’a subi que de très légères altérations.  Mais j’avais vraiment le sentiment de découvrir un tout autre article, plus virulent, plus extrême que celui publié à l’origine.

Il est normal qu’un média habille un texte selon sa ligne éditoriale, selon le public auquel il s’adresse.  Selon l’effet qu’il veut produire.  Bien sûr l’angle choisi par le journaliste donnera le ton général de l’article.

Mais cet exemple réel, concret, montre à quel point l’habillage peut influencer la perception que nous avons d’un même texte : l’environnement graphique peut modifier profondément l’impact de votre texte sur le lecteur.  Pensez-y !

Marco Bertolini

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Mindmapping et trouble de l’attention (TDA/H) chez l’adulte

Le mindmapping peut-il aider des personnes sujettes au trouble de l’attention ?

Par sa structuration, son côté coloré et imagé, le mindmapping est une technique particulièrement adaptée aux personnes dont l’attention est vite perturbée.

On connaît depuis un certain temps les effets bénéfiques du mindmapping sur les enfants dyslexiques.

Mais les mêmes effets structurants se retrouvent aussi chez les personnes sujettes au trouble de l’attention.  (Cliquez sur la carte pour l’agrandir ou téléchargez-la depuis Biggerplate).

Symptomes du TDAH chez l’adulte

Il n’y a pas si longtemps que l’on reconnaît les troubles de l’attention chez les adultes.   Trouble que beaucoup croient encore réservé aux enfants. Mais ces enfants grandissent…

Il est vrai que ce trouble se manifeste souvent de façon moins spectaculaire chez l’adulte que chez les enfants ou les adolescents.  Souvent, l’adulte n’est pas hyper-actif.  Mais par contre, ses pensées alternent à la vitesse de la lumière.  Ce qui peut aider à la créativité.  Mais peut aussi créer de la confusion.  Ou conduire au contraire la personne à restée hyper-concentrée sur une même rêverie pendant un temps considérable.   Car la perception du temps est également altérée chez ces personnes.  On parle de « temps élastique ».  Nous éprouvons tous cette sensation du temps qui s’écoule lentement lorsque nous nous ennuyons ou très vite lorsque nous éprouvons du plaisir.  Mais ces perceptions sont extrêmes  chez les personnes TDA.

La mémoire a court terme – mémoire de travail – fonctionne généralement très mal ou de manière cahotique.  Certains scientifiques ne font d’ailleurs pas la distinction entre « attention » et « mémoire de travail« .  (1)    Cela expliquerait pourquoi les personnes souffrant d’un déficit de l’attention présentent également des troubles de la mémoire à court terme.

Ces personnes sont souvent impulsives, agissant sous le coup de l’émotion.  Elles sont sujettes à des sautes d’humeur ou à des achats compulsifs qui agissent comme moyen de diminuer la tension intérieure.

Enfin, elles souffrent souvent d’une mauvaise estime de soi et présentent le « syndrome de l’imposteur » : on les entend répéter suite à une réussite, « ce n’est pas moi qui ai réussi cela, ce n’est pas possible. »  Ou bien encore « j’ai eu de la chance, tout simplement« …

Un coaching structurant

J’ai accompagné plusieurs personnes – jeunes adultes et quadragénaires – qui présentaient ce type de trouble de l’attention.

Un des problèmes majeurs de ces personnes TDA est de s’organiser : organisation de ses pensées, de ses projets, de son temps.

Vous aurez compris que le mindmapping, avec ses éléments structurants, offre un support précieux pour organiser les pensées et les projets de personnes TDA.  Le fait est qu’elles peuvent difficilement se concentrer sur quelque chose d’ennuyeux.  Ce qui explique également les nombreux cas de procrastination lorsqu’il faut faire face à une tâche routinière ou rébarbative.

Or, la mindmap avec son côté coloré, ses images et sa structuration spatiale particulière apparaît comme quelque chose d’un peu ludique, ou en tout cas, de moins ennuyeux à créer ou à suivre qu’un texte suivi.

L’articulation des branches autour du centre et la synthétisation de la pensée en mots-clés aident aussi à mieux structurer sa pensée, à rassembler dans une hiérarchisation forte des pensées qui sinon s’égailleraient sans doute dans tous les sens.

Le mindmapping n’est évidemment pas le seul exercice que je propose : je tente de « coller » le plus possible aux besoins de la personne TDA : et donc, nous travaillons ensemble la concentration à l’aide d’exercices, mais aussi la relaxation, la visualisation.  Nous abordons également la gestion du temps et la répartition des tâches – de travail ou d’études selon les cas – sur la journée, la semaine, le mois, le quadrimestre, etc.

Des outils comme Focus Booster dont j’ai déjà parlé sur ce site facilitent aussi grandement la concentration et l’aération du cerveau pendant les pauses.

Et vous ?  Quelles sont vos expériences en la matière ?  Connaissez-vous des personnes sujettes à ce trouble ?  Comment s’organisent-elles ?  Ont-elles aussi recours à ce type de techniques ?

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(1) Jean-Philippe Lachaux, Le cerveau attentif : contrôle, maîtrise et lâcher-prise, Paris, 2011, Odile Jacob, (Sciences), 369 p., p. 25.

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Combien de sens avons-nous ? (2)

Quels autres nouveaux sens les physiologistes nous ont-ils répertoriés ? 

Après la proprioception et l’equilibroception que nous avons rencontrés récemment, voici les autres sens qui  nous relient au monde et participent à notre conscience de la réalité. (Cliquez sur la carte pour en obtenir une copie PDF).

 

La thermoception ou perception de la température

La thermoception ou perception de la température est l’un des sens les plus disputés aujourd’hui.  En effet, les spécialistes ne s’accordent pas toujours sur la définition à cause de la différence de perception entre la température extérieure du corps et celle de l’intérieur qui ne font pas appel aux mêmes récepteurs.  Les récepteurs internes permettent non seulement de connaître la température de notre corps, mais surtout de maintenir une température constante (homéostasie).  Nous connaissons tous l’effet des locaux surchauffés ou mal aérés sur l’étude : la somnolence, la perte de concentration… Le froid réveille jusqu’à un certain point au-delà duquel les membres s’engourdissent et l’énergie disponible servira surtout à rétablir une température corporelle supportable…  La perception de la chaleur et la résistance aux températures extrêmes varient énormément d’un individu à l’autre.  Nous connaissons tous des personnes frileuses, toujours occupées à augmenter le chauffage et à enfiler 4 couches de chemises, pull-over, etc.  tandis que d’autres se baladent en t-shirts été comme hiver…

La nociception ou perception de la douleur

La nociception ou perception de la douleur est fondamentale pour l’apprentissage.  L’apprentissage « naturel » commun aux humains et aux animaux dans la nature est fait d’essais et d’erreurs (c’est une des raisons qui me font bondir quand je vois comment on stigmatise l’erreur dans l’enseignement traditionnel).  Dans ces essais et erreurs, l’expérience de la douleur est une notion fondamentale de l’apprentissage : celle du danger et, par corrélation, celle de la préservation de l’intégrité corporelle de l’individu (et par extension, la survie de l’espèce).  C’est donc une expérience proche de celle de la perception de la faim/satiété, tout au moins dans ses finalités : protéger le corps de la destruction en nous prévenant d’une menace.  Une coupure, qui peut nous vider de notre sang si nous n’y prenons pas garde.  Une brulûre qui peut endommager un membre.  Un écrasement, etc.

 

En apprentissage, nous découvrons très tôt, enfants, que nous ne pouvons pas toucher le feu, que les lames coupent, que les aiguïlles piquent, etc.  C’est aussi un apprentissage fondamental des limites.

Nous savons tous qu’un mal de tête ou toute autre douleur peut perturber notre concentration.  A contrario, se concentrer sur autre chose peut nous aider à oublier ou à atténuer la sensation de la douleur.  L’hypnose peut même nous ôter toute sensation de douleur, au point de se substituer à l’anesthésie chez les patients réceptifs.  Ce qui prouve bien le rôle du cerveau et de la conscience dans la nociception.

Les antalgiques (médicaments antidouleurs) et autres sédatifs peuvent évidemment calmer cette sensation de douleur, malheureusement, ils ont souvent une facheuse tendance à provoquer la somnolence et la perte de concentration.  Pas très bienvenu en période d’examen…

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Combien de sens avons-nous ?

Dans un article récent, je vous parlais de l’importance des canaux sensoriels dans l’efficacité de vos apprentissages : savoir si vous êtes plutôt visuel ou auditif, si vous êtes au contraire kinesthésique et que donc vous avez besoin de beaucoup bouger, etc.  La connaissance de vos sens dominants vous permet d’adopter des statégies d’apprentissage adaptées à votre physionomie.  Vous êtes unique.

Mais, puisque nous parlons de sens : combien en avons-nous ?

Nous avons 10 sens et non pas 5 sens !

Tout comme moi, vous pensiez sûrement – c’est ce qu’on m’a appris à l’école – que nous avons 5 sens. Et bien, vous avez tout faux ! Selon les physiologistes, nous n’avons pas 5 mais bien 10 sens. Découvrez-les ici, sur cette mind map (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

Au cinq sens traditionnels, les physiologistes en ont ajouté 5 : le sens de l’équilibre, la perception de la température (interne et externe), la conscience de la douleur, la sensation de faim ou de satiété et, enfin, la proprioception, cette faculté de savoir plus ou moins consciemment dans quelle position se trouve chaque partie de votre corps.

Mais ce n’est pas tout !

Non contents d’avoir ajouté 5 nouveaux sens à notre panoplie, les physiologistes apportent aussi des modifications aux sens les plus connus (ou supposés tels).  En effet, pendant des années, j’ai lu et entendu (visuel et auditif 🙂 ) qu’il y avait 4 saveurs fondamentales :

  • Le sucré
  • Le salé
  • L’amer
  • L’acide

 Eh bien, ici aussi, on connaît une véritable révolution puisqu’on reconnaît 3 saveurs fondamentales de plus :

  • le piquant : les oignons, les piments, le gingembre, etc.
  • le calcium : le chou, le pavot, etc.
  • l’umami (mot japonais signifiant savoureux, délicieux) : le fromage, les champignons, certains thés et les bouillons de viande…

Mais examinons un peu les nouveaux-venus et leur influence possible sur vos facultés d’apprentissage.

L’équilibroception et la proprioception : ces deux sens (ou perceptions) sont assez proches l’un de l’autre.

L’équilibroception ou sens de l’équilibre

L’équilibre dépend du bon fonctionnement de petits os et de fluides situés dans  l’oreille interne.   Il nous dit à tout moment si nous sommes en équilibre, c’est-à-dire stables ou sur le point de tomber ou – c’est plus grave – en train de tomber…   L’équilibre peut être perturbé par la maladie, un traumatisme après un accident, par l’emploi de drogues, de médicaments ou d’alcool.

La proprioception ou la perception de la position de votre corps

La proprioception est la perception, la plupart du temps non-consciente, de la position du corps et de toutes ses parties.  Si on vous bande les yeux et qu’on vous tient le bras droit en l’air sans rien vous dire, il y a de fortes chances pour que vous puissiez dire où se trouve votre bras et s’il est plié ou tendu.   Cela parait anodin, ce ne l’est pas du tout.  Dans son livre L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau, Oliver Sacks raconte les problèmes de personnes qui ont perdu ce sens suite à  une lésion cérébrale : elles ne peuvent plus tenir debout sans y penser ! C’est un véritable calvaire, car dès qu’elles arrêtent d’y penser, elles s’écroulent, comme des poupées de chiffon.  Notre corps ne tient pas debout par miracle : c’est notre cerveau qui, par le biais de ce sens étrange, nous maintient dans la position voulue sans effort conscient de notre part…

Pour les personnes kinesthésiques, ces deux sens sont extrêmement importants, y compris dans l’apprentissage.  Car comme le dit si bien Ken robinson (dans son livre The Element et dans sa conférence sur TED), elles ont besoin de bouger pour penser !  C’est ce que Howard Gardner appelle l’intelligence corporelle ou kinesthésique, si importante chez les danseurs, les acrobates, les couvreurs et tous les métiers qui exigent de l’équilibre ou de la maîtrise musculaire.  Malheureusement, ces enfants sont parfois pris pour des enfants hyperkynétiques et sont donc traités à l’aide de médicaments comme la célèbre rilatine, alors qu’ils éprouvent simplement le besoin de bouger pour penser…

La satiété ou la perception de la faim

 La perception de la faim ou de la satiété est évidemment cruciale pour la survie de l’individu : sans cela, nous mourrions de faim sans même nous en apercevoir.  En réalité, la sensation de faim est la traduction dans notre cerveau, de la baisse du taux de glycogène dans le foie.  Certaines cellules de l’hypothalamus réagissent alors en libérant des récepteurs dans le foie (plus sur cette page de Wikipedia).  Tous les formateurs expérimentés connaissent les effets de la faim et de la satiété sur l’apprentissage.  Si vous allez au cours ou à une formation sans avoir déjeuné (petit-déjeuner, en France), vers 11 heures, votre taux de glycogène est au plus bas et tous les instituteurs repèrent aisément les élèves dont l’attention se dissipe, qui semblent ailleurs, voire légèrement comateux…  Par contre, après un  bon dîner (déjeuner, en France), le syndrôme d’endormissement après diner frappe massivement et tous les formateurs savent que ce n’est pas le moment idéal pour les apport théoriques…

Cliquez ici pour lire la suite !

 

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Pensée positive

Nancy Etcoff et l’étonnante science du bonheur

Vous vous souvenez ?  Il y a quelques semaines, je vous parlais du bonheur tout relatif des enfants belges selon une enquête de l’Unicef.  Et je vous promettais de revenir sur cette notion de bonheur.

Et c’est chose faite avec cet exposé de Nancy Etcoff sur l’étonnante science du bonheur dont je viens de revoir la traduction pour TED.com, le site de l’organisation qui publie ces extraordinaires conférences sur une impressionnante variété de sujets.

Nancy Etcoff y évoque le pessimisme de Freud, le fondateur de la psychanalyse, pour qui la poursuite du bonheur n’était qu’une preuve d’infantilisme.  Mais aussi, les nouvelles pistes que la psychologie, s’appuyant sur les neurosciences, découvre et expérimente… pour notre plus grand bonheur !

Un exposé plein d’humour et de bonne humeur par une grande dame de la science d’aujourd’hui.

(Pour les sous-titres en français, cliquez sur « view subtitles » et choisissez « French (France)).

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formation Jeunes

Jeunes, informatique et entreprise : un décalage croissant entre offre et demande des compétences (2)

Dans l’article précédent, nous avons vu que les jeunes étaient loin d’être tous aussi connectés que ne le pensent généralement les adultes.  Aujourd’hui, nous allons continuer l’exploration de l’étude de la Fondation Travail Université et voir plus en détail quelles sont les disparités entre les pratiques des jeunes sur Internet et, surtout, quel est le décalage existant entre les compétences réelles des jeunes et les attentes des acteurs institutionnels : écoles, aide à la jeunesse et entreprises.

La génération des natifs numériques

Les 16-25 ans forment la première génération née dans le “tout numérique”.  Ils se sont massivement appropriés les nouvelles technologies et certains auteurs les considèrent même comme “hypercommuniquants”, en référence à leur consommation vorace de SMS, MMS, mails, MSN, Google et autres médias sociaux…

Ce phénomène a d’ailleurs attiré l’attention du public et des autorités sur deux dimensions des pratiques numériques de jeunes : d’une part, leur aisance apparemment “naturelle” à évoluer dans un univers mouvant et pluridimensionnel (les “screenagers”), d’autre part sur les dangers supposés (surconsommation, harcèlement, danger d’assuétude aux jeux, etc.) engendrés par une présence quasi-continue en ligne.

Les études concernent surtout les adolescents de 11-18 ans, avec une relative imprécision sur les âges et prennent rarement en compte le statut économique et social des jeunes : on les considère comme des adolescents prolongés sans envisager la transition entre les études et la vie professionnelle.

Cette manière de voir engendre également un biais de taille : en dépeignant la génération des “natifs numériques” comme une masse uniforme de jeunes prodiges des médias, on oublie toute une frange de la population qui vit une réelle exclusion de cet univers numérique.

Mais il est vrai que cette fracture numérique est plus subtile et moins apparente chez les jeunes que chez les adultes.  Ce qui fait la différence se mesure moins en termes d’accès à Internet qu’en termes de pratiques.  Pour pouvoir comprendre ces nuances, il faut distinguer la qualité de l’accès, la forme de l’engagement et les modes d’usage.

Un jeune qui possède une connexion à haut débit dans sa chambre a un autre rapport à Internet qu’un de ses copains qui emprunte l’ordinateur d’un parent ou fréquente un cybercafé… L’utilisation pertinente et maitrisée des TIC suppose qu’on possède des connaissances et compétences cognitives qui ne vont pas de soi.  Les inégalités numériques se superposent alors à des inégalités plus classiques :  sociales, économiques, culturelles.

Une autre inégalité plus subtile encore est que leurs pratiques limitées d’Internet peut les laisser pour compte sur le marché de l’emploi alors qu’ils sont parfaitement insérés socialement…

Cette complexité de la fracture numérique chez les jeunes entraîne les auteurs à parler davantage de “zones de fracture numérique”.

Du côté des acteurs de terrain, on constate que la fracture numérique des jeunes ne fait pas partie des priorités.  Les jeunes totalement offline étant rarissimes, les situations de fracture numériques sont subtiles et concernent très peu de jeunes à la fois : on parle de “situation de quasi-déconnexion”.

Les facteurs de ces situations sont nombreux et varient selon les individus, mais on peut toutefois dégager des tendances lourdes :

  • déconnexion de parents,
  • problèmes familiaux,
  • marginalisation,
  • qualité ou organisation du logement,
  • handicap physique ou mental,
  • barrières culturelles,
  • mise à l’écart de la société (hôpital, prison, etc.).

Ces situations n’expliquent pas tout, car certains jeunes les vivent tout en étant pleinement connectés…  On est donc loin d’un fantasme de déterminisme social…  Si la pauvreté joue un certain rôle, les structures familiales, le niveau d’éducation et le milieu culturel pèsent davantage sur l’e-exclusion des jeunes.

Usage, non-usage et déconnexion

Lorsqu’on examine les usages d’Internet des jeunes, un constat s’impose : la majorité d’entre eux se limitent aux pratiques de base : communication via messagerie instantanée, emails ou téléchargement de films ou de musique.  L’utilisation de services commerciaux et/ou administratifs est nettement plus faible.

Autre surprise : si les services de bases sont utilisés partout à la même fréquence, il existe une forte disparité régionale dans l’utilisation des services spécialisés :

  • lecture de journaux en ligne : 24% en Flandre, 21% à Bruxelles, 14% en Wallonie
  • envoi et réception de courrier électronique : 91% en Flandre, 82% à Bruxelles, 76% en Wallonie
  • recherche d’information sur les biens et services : 76% en Flandre, 57% à Bruxelles, 58% en Wallonie

Mauvaise nouvelle pour la presse : alors que le format papier connait une chute vertigineuse de ses ventes, la relève numérique est loin d’être assurée…

La comparaison avec les pays voisins est encore plus marquée.

Les jeunes Belges achètent peu sur Internet : 70 % des filles de 16-25 ans n’ont jamais rien acheté en ligne pour 64% des garçons…  Soit un total de 67%, comparé aux 25% des Allemands, 44% des Français, 41% des Luxembourgeois ou 27% des Néerlandais.  Voilà qui relativise également nos idées sur le marketing on line…

Une enquête de la Jeugd Onderzoeks Platform de 2006 montre que l’activité Internet des 16-24 ans se concentre essentiellement sur 4 “fonctions” :

  • la détente (téléchargement de musique et vidéo, jeux, blogs, etc.) qui concerne surtout les garçons les plus jeunes ou les moins qualifiés;
  • l‘information (sites culturels, presse en ligne, sites touristiques, de sports, de variété, etc.)  qui est le fait des garçons les plus âgés, les mieux instruits et dont les parents travaillent;
  • la communication (messagerie classique et instantanée, téléchargement musique et vidéo, etc.) est préférée par les plus jeunes, au niveau d’instruction plus faible, dont les parents travaillent;
  • la commerciale (enchères, vente et achat en ligne, sites bancaires, recherche d’emploi, etc.)  est associée à une conjonction de facteurs  : âge, niveau d’instruction du jeune et de ses parents.

Les compétences numériques des jeunes

Une des idées reçues les plus bousculées par ces enquête est la conviction que les jeunes ont un niveau élevé de familiarité avec les NTIC et Internet en particulier.

L’enquête révèle que 36% à peine des jeunes interrogés sont capables de réaliser des tâches élémentaires sur Internet !!!

Ici aussi les disparités régionales sont très marquées mais, souvent à l’avantage des jeunes wallons :

  • gérer un blog personnel : Wallons 35%, Bruxellois 19%, Flamands, 11%;
  • protéger son ordinateur contre les virus : Wallons 46%, Bruxellois 45%, Flamands 36%;
  • poster un message sur un chatroom ou un forum : wallons 65%, Bruxellois 56%, Flamands 45%;
  • échanger des fichiers en P2P (films, musiques, jeux…) : Wallons 37%, Bruxellois 30%; Flamands 22%.

Ce qui relativise pour le moins l’image du jeune passant ses journées à pirater des films ou de la musique !!!

Si on compare les compétences des jeunes 16-24 ans avec celles des autres tranches d’âge, les jeunes sont à peine plus performants que les 25-34 ans pour l’ensemble des tâches de base sur Internet.  La différence se marque surtout pour le chat, l’échange de fichiers et les blogs, toutes activités très connotées “jeunes”.

Une fraction importante des jeunes estime que leurs capacités informatiques sont insuffisantes pour affronter les exigences du marché de l’emploi : 33%.

Beaucoup  déclarent aussi avoir acquis leurs compétences informatiques dans des réseaux informels plutôt qu’à l’école ou dans des centres de formation.  Les disparités régionales sont également très importantes à cet égard, puisque 70% des jeunes Flamands affirment avoir appris l’informatique à l’école, contre 54% des Wallons et 41% des Bruxellois.  Cette différence pourrait s’expliquer par la meilleure intégration de l’informatique à l’école en Flandre et au décrochage scolaire important en Wallonie…

On peut dire, pour résumer, que ce qui distingue les pratiques Internet des jeunes de celles des adultes, est l’importance de l’affirmation identitaire et de la socialisation, à travers médias sociaux et autres messageries.

Ils sont également beaucoup plus à même de réguler leur présence en ligne que l’on ne le croit généralement.  Ainsi, chez les 16-19 ans l’abandon volontaire d’Internet représente la moitié des situations de non-connexion…

Mais si les jeunes réalisent leurs recherches sur Internet plus rapidement que leurs aînés, ils consacrent aussi beaucoup moins de temps à vérifier et critiquer l’information récoltée. Ils recherchent plutôt des réponses spécifiques qu’une interprétation de l’information.

Les conclusions des observateurs sont préoccupantes : ils estiment que l’élargissement des capacités techologiques ne va pas de pair avec une meilleure maîtrise de l’information.  Il leur manque le “bagage critique nécessaire pour interpréter, comprendre, évaluer et gérer cette information”.

Un autre problème détecté est que les normes utilisées pour mesurer les compétences Internet des jeunes sont en décalage avec leurs pratiques.

La formation est aussi en décalage avec les attentes des jeunes : celles-ci sont souvent proposées en groupe alors que les jeunes considèrent l’informatique comme une activité individuelle.  Pour eux, c’est d’abord une expression de soi, comme l’écriture pour leurs aînés…

Plus grave, les acteurs de terrain estiment que l’école et les institutions responsables du bien-être des jeunes ont une perception faussée des compétences réelles des jeunes en matière de nouvelles technologies et donc formulent des attentes disproportionnées ou décalées à leur égard. Les travailleurs de l’aide à la jeunesse sont eux-mêmes peu formés à ces techniques.

Il manque donc une passerelle entre les jeunes, l’école, les institutions et le monde du travail. Des jeunes hypercompétents dans des jeux en ligne sont complètement démunis devant un formulaire d’une agence d’interim ou un horaire de transport en commun.  Les concepteurs de sites ne tiennent pas compte de ces spécificités du public jeune et passent donc à côté de réelles opportunités de communication.

Conclusion

Il vaut sans doute mieux parler de décalage que d’exclusion d’Internet des jeunes.  Décalage entre leur culture et leurs pratiques et les attentes des écoles, des institutions et des entreprises.

Les jeunes en quasi-déconnexion se caractérisent surtout par un usage limité d’Internet.  Ils ne sont pas capables de sortir de cet univers “e-culturel” et de franchir le chemin vers la société de l’information qui résulte de choix économiques et politiques.

Demain : dernière partie de cet article, Les mesures à envisager pour réduire ces zones de fracture numérique des jeunes.

La génération des natifs numériques

Les 16-25 ans forment la première génération née dans le “tout numérique”.  Ils se sont massivement approprié les nouvelles technologies et certains auteurs les considèrent même comme “hypercommuniquants”, en référence à leur consommation vorace de SMS, MMS, mails, MSN; Google et autres médias sociaux…

Ce phénomène a d’ailleurs attiré l’attention du public et des autorités sur deux dimensions des pratiques numériques de jeunes : d’une part, leur aisance apparemment “naturelle” à évoluer dans un univers mouvant et pluridimensionnel (les “screenagers”), d’autre part sur les dangers supposés (surconsommation, harcèlement, danger d’assuétude aux jeux, etc.) engendrés par une présence quasi-continue en ligne.

Les études concernent surtout les adolescents de 11-18 ans, avec une relative imprécision sur les âges et prennent rarement en compte le statut économique et social des jeunes : on les considère comme des adolescents prolongés sans envisager la transition entre les études et la vie professionnelle.

Cette manière de voir engendre également un biais de taille : en dépeignant la génération des “natifs numériques” comme une masse uniforme de jeunes prodiges des médias, on oublie toute une frange de la population qui vit une réelle exclusion de cet univers numérique.

Mais il est vrai que cette fracture numérique est plus subtile et moins apparente chez les jeunes que chez les adultes.  Ce qui fait la différence se mesure moins en termes d’accès à Internet qu’en termes de pratiques.  Pour pouvoir comprendre ces nuances, il faut distinguer la qualité de l’accès, la forme de l’engagement et les modes d’usage.

Un jeune qui possède une connexion à haut débit dans sa chambre a un autre rapport à Internet qu’un de ses copains qui emprunte l’ordinateur d’un parent ou fréquente un cybercafé… L’utilisation pertinente et maitrisée des TIC suppose qu’on possède des connaissances et compétences cognitives qui ne vont pas de soi.  Les inégalités numériques se superposent alors à des inégalités plus classiques :  sociales, économiques, culturelles.

Une autre inégalité plus subtile encore est que leurs pratiques limitées d’Internet peut les laisser pour compte sur le marché de l’emploi alors qu’ils sont parfaitement insérés socialement…

Cette complexité de la fracture numérique chez les jeunes entraîne les auteurs à parler davantage de “zones de fracture numérique”.

Du côté des acteurs de terrain, on constate que la fracture numérique des jeunes ne fait pas partie des priorités.  Les jeunes totalement offline étant rarissimes, les situations de fracture numériques sont subtiles et concernent très peu de jeunes à la fois : on parle de “situation de quasi-déconnexion”.

Les facteurs de ces situations sont nombreux et varient selon les individus, mais on peut toutefois dégager des tendances lourdes :

déconnexion de parents,

problèmes familiaux,

marginalisation,

qualité ou organisation du logement,

handicap physique ou mental,

barrières culturelles,

mise à l’écart de la société (hôpital, prison, etc.).

Ces situations n’expliquent pas tout, car certains jeunes les vivent tout en étant pleinement connectés…  On est donc loin d’un fantasme de déterminisme social…  Si la pauvreté joue un certain rôle, les structures familiales, le niveau d’éducation et le milieu culturel pèsent davantage sur l’e-exclusion des jeunes.

Usage, non-usage et déconnexion

Lorsqu’on examine les usages d’Internet des jeunes, un constat s’impose : la majorité d’entre eux se limitent aux pratiques de base : communication via messagerie instantanée, emails ou téléchargement de films ou de musique.  L’utilisation de services commerciaux et/ou administratifs est nettement plus faible.

Autre surprise : si les services de bases sont utilisés partout à la même fréquence, il existe une forte disparité régionale dans l’utilisation des services spécialisés :

lecture de journaux en ligne : 24% en Flandre, 21% à Bruxelles, 14% en Wallonie.

envoi et réception de courrier électronique : 91% en Flandre, 82% à Bruxelles, 76% en Wallonie

recherche d’information sur les biens et services : 76% en Flandre, 57% à Bruxelles, 58% en Wallonie

Mauvaise nouvelle pour la presse : alors que le format papier connait une chute vertigineuse de ses ventes, la relève numérique est loin d’être assurée…

La comparaison avec les pays voisins est encore plus marquée.

Les jeunes Belges achètent peu sur Internet : 70 % des filles de 16-25 ans n’ont jamais rien acheté en ligne pour 64% des garçons…  Soit un total de 67%, comparé aux 25% des Allemands, 44% des Français, 41% des Luxembourgeois ou 27% des Néerlandais.  Voilà qui relativise également nos idées sur le marketing on line…

Une enquête de la Jeugd Onderzoeks Platform de 2006 montre que l’activité Internet des 16-24 ans se concentre essentiellement sur 4 “fonctions” :

la détente (téléchargement de musique et vidéo, jeux, blogs, etc.) qui concerne surtout les garçons les plus jeunes ou les moins qualifiés;

l’information (sites culturels, presse en ligne, sites touristiques, de sports, de variété, etc.)  qui est le fait des garçons les plus âgés, les mieux instruits et dont les parents travaillent;

la communication (messagerie classique et instantanée, téléchargement musique et vidéo, etc.) est préférée par les plus jeunes, au niveau d’instruction plus faible, dont les parents travaillent;

la commerciale (enchères, vente et achat en ligne, sites bancaires, recherche d’emploi, etc.)  est associée à une conjonction de facteurs  : âge, niveau d’instruction du jeune et de ses parents.

Les compétences numériques des jeunes

Une des idées reçues les plus bousculées par ces enquête est la conviction que les jeunes ont un niveau élevé de familiarité avec les NTIC et Internet en particulier.

L’enquête révèle que 36% à peine des jeunes interrogés sont capables de réaliser des tâches élémentaires sur Internet !!!

Ici aussi les disparités régionales sont très marquées mais, souvent à l’avantage des jeunes wallons :

gérer un blog personnel : Wallons 35%, Bruxellois 19%, Flamands, 11%;

protéger son ordinateur contre les virus : Wallons 46%, Bruxellois 45%, Flamands 36%;

poster un message sur un chatroom ou un forum : wallons 65%, Bruxellois 56%, Flamands 45%;

échanger des fichiers en P2P (films, musiques, jeux…) : Wallons 37%, Bruxellois 30%; Flamands 22%.

Ce qui relativise pour le moins l’image du jeune passant ses journées à pirater des films ou de la musique !!!

Si on compare les compétences des jeunes 16-24 ans avec celles des autres tranches d’âge, les jeunes sont à peine plus performants que les 25-34 ans pour l’ensemble des tâches de base sur Internet.  La différence se marque surtout pour le chat, l’échange de fichiers et les blogs, toutes activités très connotées “jeunes”.

Une fraction importante des jeunes estime que leurs capacités informatiques sont insuffisantes pour affronter les exigences du marché de l’emploi 33%.

Beaucoup  déclarent aussi avoir acquis leurs compétences informatiques dans des réseaux informels plutôt qu’à l’école ou dans des centres de formation.  Les disparités régionales sont également très importantes à cet égard, puisque 70% des jeunes Flamands affirment avoir appris l’informatique à l’école, contre 54% des Wallons et 41% des Bruxellois.  Cette différence pourrait s’expliquer par la meilleure intégration de l’informatique à l’école en Flandre et au décrochage scolaire important en Wallonie…

On peut dire, pour résumer, que ce qui distingue les pratiques Internet des jeunes de celles des adultes, est l’importance de l’affirmation identitaire et de la socialisation, à travers médias sociaux et autres messageries.

Ils sont également beaucoup plus à même de réguler leur présence en ligne que l’on ne le croit généralement.  Ainsi, chez les 16-19 ans l’abandon volontaire d’Internet représente la moitié des situations de non-connexion…

Mais si les jeunes réalisent leurs recherches sur Internet plus rapidement que leurs aînés, ils consacrent aussi beaucoup moins de temps à vérifier et critiquer l’information récoltée.  Ils recherchent plutôt des réponses spécifiques qu’une interprétation de l’information.

Les conclusions des observateurs sont préoccupantes : ils estiment que l’élargissement des capacités techologiques ne va pas de pair avec une meilleure maîtrise de l’information.  Il leur manque le “bagage critique nécessaire pour interpréter, comprendre, évaluer et gérer cette information”.

Un autre problème détecté est que les normes utilisées pour mesurer les compétences Internet des jeunes sont en décalage avec leurs pratiques.

La formation est aussi en décalage avec les attentes des jeunes : celles-ci sont souvent proposées en groupe alors que les jeunes considèrent l’informatique comme une activité individuelle.  Pour eux, c’est d’abord une expression de soi, comme l’écriture pour leurs aînés…

Plus grave, les acteurs de terrain estiment que l’école et les institutions responsables du bien-être des jeunes ont une perception faussée des compétences réelles des jeunes en matière de nouvelles technologies et donc formulent des attentes disproportionnées ou décalées à leur égard.  Les travailleurs de l’aide à la jeunesse sont eux-mêmes peu formés à ces techniques.

Il manque donc une passerelle entre les jeunes, l’école, les institutions et le monde du travail.  Des jeunes hypercompétents dans des jeux en ligne sont complètement démunis devant un formulaire d’une agence d’interim ou un horaire de transport en commun.  Les concepteurs de sites ne tiennent pas compte de ces spécificités du public jeune et passent donc à côté de réelles opportunités de communication.

Conclusion

Il vaut sans doute mieux parler de décalage que d’exclusion d’Internet des jeunes.  Décalage entre leur culture et leurs pratiques et les attentes des écoles, des institutions et des entreprises.

Les jeunes en quasi-déconnexion se caractérisent surtout pas un usage limité d’Internet.  Ils ne sont pas capables de sortir de cet univers “e-culturel” et de franchir le chemin vers la société de l’information qui résulte de choix économiques et politiques.

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Bien-être Pensée positive

Les enfants belges seraient moyennement heureux. Et les adultes ?

Un article du Soir recense une étude menée par Unicef-Allemagne sur le bonheur des enfants.  Ils ont interrogés des enfants de 21 pays et, selon les réponses, la Belgique se classe globalement au 9e rang sur 21.

Les chercheurs ont interrogé les enfants sur six critères :

    1. situation matérielle
    2. santé
    3. chance de recevoir une bonne instruction (sic!)
    4. bonnes relations avec les parents, la fratrie, les camarades (re-sic!)
    5. la sécurité
    6. et, last but not least, la perception subjective du bonheur

Je reviendrai souvent sur cette dernière notion qui est importante dans la vie quotidienne comme dans la vie professionnelle. Selon cette enquête, ce sont les enfants des Pays-Bas qui sont les plus heureux, les Américains venant bon derniers…

Les enfants belges se sentent plutôt en sécurité (4e) et pensent avoir une bonne instruction (5e), mais sont à la traine en matière de relations familiales (13e), de la situation matérielle (15e) et de bonheur subjectif (15e également) et enfin du point de vue de la santé (16e).

Je m’interroge sur les méthodes adoptées par les chercheurs et certains résultats m’interpellent : 15e pour la situation matérielle dans un pays aussi riche et 16e du point de vue de la santé.  Je n’avais pas l’impression que nos bambins étaient si chétifs.

Quant aux enfants hollandais, moi qui vis au sud des Pays-Bas, je ne les vois pas déambuler dans les rues, un sourire radieux aux lèvres et un air béat inscrit en permanence sur leur petite frimousse, mais je ne suis pas chercheur et, donc, je ne cherche sans doute pas au bon endroit, ni de la bonne façon…

Et les adultes ?

Et vous qui lisez ce blog, qu’en pensez-vous ?  Comment percevez-vous votre vie actuelle ?  Si on vous posait les mêmes questions, que répondriez-vous ?

Quelle est votre perception du bonheur ?

Dans de futurs articles, je reviendrai sur cette notion de bonheur et sur celle de la satisfaction au travail, sur la notion de bonheur subjectif.

Pouvez-vous me donner une idée du bonheur (ou du bien-être : pour les scientifiques qui étudient le bonheur, c’est la même chose) que vous ressentez ?  Vous sentez-vous heureux ?  Ou y a-t-il des choses que vous aimeriez changer dans votre vie ?

Merci de répondre à ce petit sondage.  Vos réponses seront parfaitement anonymes

Répondre à notre sondage

Merci et à bientôt pour un autre article sur le sujet…