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Arts de la mémoire : comment utiliser le palais de mémoire ?

Qu’est-ce que le « palais de mémoire » ?  D’où vient-il ?  Et comment fonctionne-t-il ?

Comment l’intégrer dans une stratégie d’apprentissage ?

Je vous donne ici le fruit de mes lectures et de mes expériences personnelles avec cette méthode âgée de plus de 2800 ans…

Je lis parfois sur Internet des articles sur le « palais de mémoire » ou j’entends des personnes en parler.  Et je suis souvent choqué par le caractère incomplet, incompris, voire carrément erroné des informations que je découvre.

Il existe pourtant une vaste littérature sur le sujet.  Et dont les auteurs ne sont pas des moindres puisque le premier d’entre eux n’est autre que Cicéron.  Un des auteurs qui ont le plus influencé la totalité de la culture occidentale depuis 2.000 ans…

Une légende vivante : Simonide de Céos

Cicéron, dans son ouvrage « De Oratore »,  nous rapporte que l’inventeur de cette méthode est le poète lyrique Simonide de Céos, une des nombreuses îles grecques.  Nous n’avons aucun portrait de cet homme qui fut une véritable star à son époque : il a remporté des prix face au tragédien Eurypide ou  encore contre Pindare, son principal rival.  Mais, comme à toutes les stars, on lui a attribué bon nombre de légendes.  Il aurait été l’inventeur, entre autres, de 4 lettres du nouvel alphabet grec (voir l’illustration sur le vase ci-dessous).

Vase grec représentant Persée et Andromède

Mais surtout, selon Cicéron, il serait l’inventeur de la méthode des « loci » – lieux, en latin – encore appelée « mémoire locale« .

Simonide de Céos aurait été le premier poète rémunéré.  Il écrivait des poèmes pour les dirigeants de son temps.  Un jour, il en écrit un pour le tyran Scopas.  Mais, celui-ci est aussi avare que vaniteux.  Il reproche à Simonide d’avoir loué autant les jumeaux Castor et Pollux que lui dans son ode.  Et donc, il ne paiera que la moitié de la somme prévue.  Simonide n’a qu’a demander l’autre moitié aux demi-dieux…

Simonide n’a d’autre choix que de s’incliner.  Il participe au banquet donné par son maître et au cours duquel il devra sans doute réciter son poème.  Un serviteur vient le prévenir que deux jeunes hommes l’attendent à la porte du palais et le réclament avec insistance.  Intrigué, Simonide va à la rencontre des deux étrangers.  Au moment où il sort du palais, celui-ci s’effondre, écrasant tous les convives.  Les deux visiteurs, qui ne sont autres que Castor et Pollux, ont donc sauvé la vie de celui qui leur a dédié la moitié d’un poème.

La mémoire des lieux

Mais les familles sont en détresse : elles ne reconnaissent pas leurs proches, défigurés sous les débris.  Simonide déclare alors qu’il est capable de dire qui est qui : il était assis avec eux.  Et peut donc localiser chacun des corps et lui rendre son identité.  Cette circonstance lui aurait donné l’idée du « palais de mémoire« .  Un des procédés les plus anciens et les plus efficaces pour mémoriser de longues séquences.

L’historienne Frances Yates a remis à l’honneur les études sur les arts de la mémoire, notamment dans son livre The Art of Memory, dont il existe une traduction française.  Elle voit dans cette légende l’illustration d’une période de transition.  Car, pendant des siècles, les poètes ont récité leurs oeuvres sans les écrire.  Or, au moment où naît cette légende, l’écrit prend le pas sur la tradition orale.  Socrate méprisera l’écrit toute sa vie.  Platon, dans Phèdre, fait dire à  l’un de ses personnages que l’invention de l’écriture rendra les hommes bêtes, paresseux, qu’ils n’utiliseront plus leur mémoire et qu’ils oublieront qui ils sont…   Des arguments qui ressemblent étrangement à ceux qui accusent Internet et les livres numériques de tous les maux.   Mais ne sommes-nous pas, nous aussi, dans une période de transition similaire ?

Associez des lieux et des images

La méthode qu’aurait inventée Simonide de Céos – et qui existait sans doute depuis des siècles à son époque – consiste à associer lieux et images.  Dans mon article sur les principes de la mémorisation, je rappelais que ceux-ci sont au nombre de trois :

  1. L’ordre
  2. L’association
  3. La répétition

Le « palais de mémoire » ne fait pas exception à la règle.  Ici, l’ordre est donné par le trajet et les emplacements dans un bâtiment. ou dans une partie de ville : un quartier, une place, etc.

Lors de mes formations pour étudiants, je demande aux participants d’utiliser le lieu qu’ils connaissent le mieux : leur propre maison.

Maison – rez-de-chaussée

 

Utilisez un lieu connu pour mémoriser rapidement et à long terme

Le principe de la « mémoire locale » ou « palais de mémoire » est de placer une image qui représente la chose ou le mot dont on doit se souvenir dans une partie de l’immeuble, ici, le rez-de-chaussée de la maison.  Plus l’image est éloignée de la routine, mieux elle fonctionne : donc, on utilise le grotesque, le monstrueux ou une image qui déclenche une émotion – votre petit ami, votre vedette de cinéma préférée…

Quand je pratique cette méthode pour la première fois avec des participants de mes ateliers, je leur demande de dresser une liste de 20 mots : vingt choses dont ils auront besoin pour organiser la fête de leur anniversaire.  Selon la littérature scientifique, la mémoire de travail moyenne permet de retenir 7 mots, avec un écart-type de 2, soit de 5 à 9 mots.   Mais je rencontre de nombreux jeunes qui présentent une rétention de 11 ou 12 mots…

Mais (pratiquement) personne n’est capable de retenir 20 mots sans erreurs ni de les répéter dans un sens ou dans l’autre, depuis le premier vers le dernier ou vice-versa.

Associez image, sensations et localisation

Premier ingrédient pour notre fête : un saumon.  Nous allons le placer dans la boîte aux lettres, juste à côté de la porte.  Un beau saumon vivant, qui sent fort la marée et qui s’agite dans tous les sens.  Il mouille tout le contenu de sa boîte aux lettres et sa queue rose frappe la porte en cadence : boum ! boum ! boum !

Vous aurez compris à la lecture de ce premier item le fonctionnement de l’association : on place le saumon dans un endroit inattendu – on sort de la routine – et on associe un maximum de représentations sensorielles à chaque image : l’odeur de la marée, le mouvement de la queue, le boum-boum de celle-ci contre la porte, la sensation tactile du poisson mouillé…  tous ces éléments servent à renforcer la mémorisation.

Deuxième item : deux bouteilles de vin.   Celles-ci sont en réalité deux personnages à taille humaine, dont la silhouette est en forme de bouteilles, qui sont complètements saoules et qui titubent sur les marches du perron.  Elles rotent et chantent des chansons à boire.

Le troisième item : des couverts en plastique.  L’acteur préféré de notre participant est Johnny Depp.  Nous le déguisons en Chapelier fou, son rôle dans le film Alice de Tim Burton.  Johnny Depp est debout sur la table basse du salon, entre le sofa et les fauteuils.  Il jongle avec les couverts et danse une sorte de gigue tout en proférant des sons incongrus et en grimaçant comme dans le film.

Le quatrième item : de la musique.  Où allons-nous la placer ?  Dans l’installation hi-fi au salon ?  Certainement pas !  Nous allons louer les services d’un orchestre de Schtroumpfs que nous allons placer dans le four, à la cuisine.  A la moindre fausse note, on allume le four !

L’émotion favorise la rétention à long terme

Etc, etc. jusqu’à vingt mots, vingt images grotesques, monstrueuses, sexy ou amusantes, associées à vingt emplacement de l’endroit que nous connaissons le mieux au monde.

Les plus sophistiqués ajouteront un scénario à leur trajet.

Vous aurez compris le principe : nous nous souvenons mieux de ce qui sort de l’ordinaire.   De ce qui tranche avec la vie de tous les jours.  De ce qui nous touche.   Car la mémoire est très fortement liée à l’émotion.

J’ai effectué une recherche sur l’Elfstedentocht : cette course en patins à glace qui traverse 11 villes de Frise, dans le nord-ouest des Pays-Bas.   Tous les habitants me disent que les hivers là-bas sont extrêmement rigoureux, qu’il neige et qu’il gèle à pierre fendre chaque année.

Pourtant, ma recherche personnelle montre que la course a eu lieu 15 fois en 112 ans.  Les autres années, il ne gelait pas suffisamment pour organiser la course sur les cours d’eau de Frise…   Il a donc gelé dur 15 fois en plus d’un siècle, malgré ce que les habitants m’affirmaient.  Ils étaient pourtant sincères : mais leur mémoire n’avait gardé le souvenir que des hivers exceptionnels.  Ceux où ils s’étaient calfeutrés chez eux en attendant le jour de la course, où ils avaient traversé péniblement les champs couverts de neige.  Quinze hivers sur 112 !

C’est sur cette confrontation avec l’ordinaire que jouent les techniques d’association dans les arts de la mémoire.   La publicité aussi le sait bien : elle nous présente des endroits paradisiaques où la plupart d’entre nous n’iront jamais, des modèles dont la beauté surhumaine doit plus à Photoshop qu’à la sélection génétique, des produits fabuleux qui ne fonctionnent miraculeusement que sur le petit écran.   Nous le savons, dans le fond.   Mais nous achetons.   Parce que ces images surnaturelles ont trouvé leur chemin dans nos mémoires et nos émotions.  Et que nous ne demandons qu’à les revivre dans le réel.

Troisième principe : les répétitions

Cette méthode, très efficace, ne fonctionne que si on respecte le troisième principe : la répétition.  Il faut visiter et revisiter la maison et revoir régulièrement chacune des images dans son emplacement.  Parcourez le trajet dans un sens puis dans l’autre.  Ou depuis le milieu.

Les répétitions espacées sont aussi le principe de base des applications de flashcards, telles Anki ou Cerego.

Le « palais de mémoire » est utile pour retenir une liste d’objets.  Ou les éléments d’un discours ou d’une conférence.   Les avocats romains, comme Cicéron, étaient célébrés pour tenir des discours de plusieurs heures sans aucune note.   Mais le préalable de toute étude réellement efficace à long terme est la compréhension.  N’étudiez pas quelque chose que vous n’avez pas compris d’abord…

Bon travail et amusez-vous bien 😉

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Etudiez efficacement : reprenez contact avec le cours

Seconde étape de notre méthode pour étudier efficacement : prendre contact avec le cours.  Relisez vos notes le jour-même du cours, soulignez ou surlignez les passages incompris pour demander des explications, consultez une autre version du cours sur Internet, par exemple.

Reprendre contact avec le cours, cela signifie que l’on ne va pas attendre la veille de l’examen pour l’ouvrir.  Cela veut dire que le jour même du cours, à la maison, j’ouvre mes notes du jour.

1. Relisez les notes

Relire vos notes, constitue une première étape importante de votre prise de contact.

(Cliquez sur la carte pour la visualiser sur Biggerplate).

Deuxième étape de la méthode : reprendre contact avec le cours

Comment lire efficacement ?  Encore une fois – comme dans l’étape précédente, se mettre en projet – vous devez mobiliser toute votre attention.  On ne comprend et on ne retient vraiment que ce sur quoi on s’est concentré.

a) Problèmes de concentration

Si vous avez des problèmes de concentration, il existe des exercices qui peuvent vous aider.  Vous pouvez aussi demander l’aide d’un professionnel.  Vos difficultés à vous concentrer peuvent provenir de source diverses et un coup de pouce extérieur peut souvent vous faire gagner du temps.

b) Lisez lentement !  

Ce n’est pas un concours de rapidité, mais un « contact« .

Pour qu’il soit profitable, imprégnez-vous au maximum de ce qui est écrit dans vos notes.  Une lecture approfondie, attentive, vous permet de vous baigner dans les sensations – images, sons, etc. – émotions et impressions que vous avez ressenties lors du cours.

Ou bien va vous offrir de nouvelles associations auxquelles vous n’avez pas pensé pendant le cours, par manque de temps, etc.

c) Listez les choses peu claires ou pas comprises

 Faites une liste ds choses que vous n’avez pas comprises ou qui ne sont pas très claires pour vous.  Cela vous permettra d’y revenir plus tard pour tenter de les comprendre et de les maîtriser.  Vous saurez exactement quoi demander lorsque vous chercherez d’autres explications auprès d’amis, de compagnons de classe, de parents ou de professeurs.

Cela vous fera gagner du temps et à vos professeurs aussi.  Et le fait d’écrire ce que vous n’avez pas compris est parfois suffisant pour un « déclic » : soudain, ce que vous venez de reformuler vous paraît clair !

2. Soulignez / Surlignez vos notes

Comme dans une mindmap, l’utilisation de différentes couleurs vous permet de distinguer les différentes parties du cours, les différents concepts, etc.

Faites-le sobrement, proprement : une étudiante que je suis en coaching à distance m’a dit un jour qu’elle « n’aime pas que son cours ressemble à un feu d’artifice« .  Moi non plus.  L’objectif n’est pas de colorer pour faire joli, mais bien de distinguer : de bien marquer les idées importantes et leurs différences.

Ne soulignez que les mots-clés : non seulement vous gagnerez du temps et vous épargnerez vos marqueurs, mais surtout, vous isolerez immédiatement ce qui est vraiment important.  Vous concentrez votre attention sur les poins-clés de votre cours.

Même principe qu’en mindmapping :  les couleurs associées aux concepts permettent de mieux les mémoriser.  Habituez-vous à utiliser les mêmes couleurs pour les mêmes catégories de concepts : votre cerveau les reconnaîtra d’un coup d’oeil avec un peu d’habitude.

Ne surlignez pas pour mémoriser tout de suite : utilisez ces couleurs pour indiquer les mots-clés les plus importants de votre cours.  Cela vous aidera pour l’étape suivante, Réactivez votre mémoire, pendant laquelle vous allez résumer votre cours sous forme de mindmap.

3. Consultez une autre version du cours

Allez sur Internet ou demandez à un(e) copain(e) qui fréquente une autre école ou qui suit le cours avec un autre professeur si vous pouvez obtenir une copie de son cours.  Mieux : échangez avec lui ou elle.

Pourquoi une autre version ? Consulter une autre version d’un cours, d’une matière, d’un sujet… permet de confronter plusieurs points de vue.  Souvent, les auteurs mettent l’accent sur des choses différentes ou apportent un éclairage nouveau.  Ils utilisent d’autres mots, d’autres images.

Tout cela participe non seulement à l’ancrage du souvenir par la répétition, mais surtout à son activation par la comparaison, les liens établis entre les différentes versions.  Or, apprendre quelque chose, construire un savoir, c’est établir des liens entre ses différentes parties, mais aussi entre ce qu’on connaît déjà et ce qu’on découvre.

Vous pouvez aussi emprunter à la bibliothèque, un livre qui traite du même sujet ou consulter un site Internet qui parle de la même chose.  Multipliez les points de vue, confrontez-les entre eux et avec vos propres idées, votre propre compréhension de la matière.

4. Demandez des explications

Dans le même ordre d’idées, demandez des explications sur les choses non-comprises ou peu claires.  Demandez-les à un adulte de votre entourage, à un(e) copain(e) de classe.  Parlez-en sur un forum.

Les explications d’une autre personne que le professeurs, comme la version différente du cours, vous apportent un autre éclairage, d’autres mots, d’autres idées.  Peut-être une perspective différente, à laquelle vous n’auriez pas pensé.

Parler ensemble du cours vous demande de le reformuler, de le répéter avec vos propres mots.  Sans vous en rendre compte, vous et votre interlocuteur, êtes en train de comprendre et de mémoriser ce dont vous parlez.

5. Relisez à plusieurs reprises

La lecture seule ne suffit pas.  Mais elle est un élément essentiel de la compréhension et de la mémorisation.

Lire à voix haute sollicite la mémoire auditive.  Si vous êtes kynétique, n’hésitez pas à bouger, à marcher en étudiant, à faire des gestes pour accompagner le rythme de la lecture.  Ecrire, prendre des notes, dessiner une carte heuristique ou un récit imagé impliquent aussi la mémoire kynétique.  Plus on associe de canaux sensoriels, plus on se donne des chances de mémoriser efficacement !

Dans les prochains billets, nous verrons comment réactiver votre mémoire, réutiliser le cours en vue des travaux et des examens et comment réviser à long terme.

Un atelier Apprendre à Apprendre vous donnera aussi d’autres éléments comme la maîtrise du stress, la gestion de votre charge de travail, etc.  Le travail en atelier, suivi d’un e-coaching combine la dynamique du groupe  avec la possibilité d’un cours individuel, sur mesure et à votre rythme.  Pensez-y !

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