Van Eyck : l’Agneau mystique en Réalité augmentée

Une excellente utilisation de la réalité augmentée : le parcours Van Eyck et l'Agneau mystique de la Cathédrale de Gand.

La réalité augmentée fait partie des technologies investies par les musées pour rendre les visites plus interactives. La Cathédrale Saint-Bavon de Gand y fait appel pour mettre en valeur l’Agneau mystique, le chef-d’œuvre des frères Van Eyck.

L’Agneau Mystique des frères Van Eyck

L’Agneau mystique, polyptique de bois peint à l’huile et conservé à la cathédrale Saint-Bavon de Gand, est un chef-d’œuvre de la peinture primitive flamande. Commencé par Hubert Van Eyck, il a été achevé en 1432 par son frère cadet Jan. Jan Van Eyck sera la figure dominante de la peinture du sud des Pays-Bas pendant le 15e siècle, tout comme Pieter Bruegel sera celle du 16e et Pierre-Paul Rubens celle de l’Age baroque.

L'Agneau mystique des frères Van Eyck - point culminant de la visite avec réalité augmentée
L’Agneau mystique dans sa cage de verre et d’acier

La vie mouvementée de l’Agneau mystique

L’œuvre a connu une vie mouvementée : volée plusieurs fois, y compris par les nazis, récupérée par les fameux « Monuments Men » dont George Clooney a tiré un film tourné en partie sur place, elle a fait l’objet d’une restauration qui a duré de 2012 à 2019. Cette restauration a rendu à l’ensemble pictural non seulement ses couleurs originales, mais aussi des détails inattendus comme certains monuments de Gand en arrière-plan ou le visage très « humain » de l’agneau, métaphore du Christ.

Détail de la fresque de Bart Smeets qui évoque le vol de l'Agneau mystique des Van Eyck
Détail de la fresque en trompe-l’oeil de Bart Smeets en l’honneur du film de George Clooney

Pendant la restauration, les visiteurs du MSK, le Musée des Beaux-Arts de Gand pouvaient admirer le travail des spécialistes à travers une vitrine. Les panneaux originaux ont dès lors retrouvé leur place dans la Cathédrale Saint-Bavon. Et le Centre des Visiteurs a été complètement rénové. Cerise sur le gâteau, le Centre propose à présent un parcours de découverte basé sur la réalité augmentée.

Un parcours Van Eyck hors de prix ?

L’institution en a profité pour augmenter ses tarifs, passant de 4 € à 15 € pour la visite avec réalité augmentée et à 12,50 € pour la visite « simple ». Ce qui n’a pas manqué de susciter des réactions sur l’accessibilité de l’art. Le musée ne participe pas non plus au PassMusées, cette carte qui permet de visiter plus de 200 institutions pour un forfait annuel de 59 €.

J’espère vraiment que les responsables du musée trouveront une solution qui permettra aux plus démunis de découvrir ce parcours.

Un parcours Van Eyck conçu avec beaucoup d’intelligence

Je m’intéresse à la Réalité augmentée depuis un certain temps, mais c’est surtout notre travail dans le cadre du MOOC DIMPA qui m’a permis de découvrir le potentiel pédagogique de cette technologie.

Et donc, je ne manque pas une opportunité de découvrir les réalisations dans ce domaine. Celle du parcours Van Eyck me donne l’occasion de joindre mon amour de la peinture et mon goût pour les technologies éducatives. Le centre vous en propose plusieurs versions en 9 langues différentes. J’ai opté pour le parcours long Master of Details.

Le parcours Van Eyck et Agneau mystique proposé par la Cathédrale Saint-Bavon est un chef-d’œuvre au service d’un chef-d’œuvre. Je pèse mes mots.

Une mise en contexte qui prépare le visiteur

Le casque posé sur votre tête, la visière ajustée, vous suivez le parcours fléché. Déjà là, c’est la surprise, car les flèches sont virtuelles. Ce sont des couches holographiques qui viennent se superposer au monde réel que vous percevez à travers les lunettes.

Vous vous placez là où la voix vous l’indique – sur des pas « virtuels » eux aussi. Et soudain, surgit du sol, une cathédrale en modèle réduit, entourée des habitations médiévales autour du monument et de la place.

C’est impressionnant visuellement. Mais pas que. Chaque étape du parcours est à la fois un enchantement pour les yeux, mais aussi une mise en contexte historique, artistique et religieuse. Vous comprenez alors l’histoire de l’œuvre. Pourquoi elle a été peinte à cette époque. Quelles techniques le génie qu’était Jan Van Eyck a utilisées pour révolutionner la peinture de son temps. Et puis, aussi les nombreuses péripéties qui ont jalonné la vie de cette œuvre exceptionnelle. Et vous comprenez que c’est quasiment un miracle si vous pouvez la contempler aujourd’hui.

Jamais le spectacle ne l’emporte sur la pédagogie ; jamais la pédagogie n’alourdit l’enchantement visuel. Les auteurs et réalisateurs de ce parcours ont réussi un équilibre subtil. Nous sommes loin des divertissements gratuits qui n’ont d’exposition que le nom. Qui éblouissent le spectateur d’images spectaculaires sans jamais lui en révéler le sens.

Le choc de l’œuvre

Et pourtant : le spectateur reste interdit devant l’Agneau mystique. L’ensemble est vraiment impressionnant.

Cela tient à la taille du polyptyque, mais aussi et surtout à la maitrise du peintre.

Et en admirant la peinture, vous vous rappelez ce que vous avez découvert à travers ce parcours intelligent qui vous a fourni les clés de l’interprétation.

Vous joignez la connaissance à l’émotion. C’est sans doute un de plus beaux cadeaux de l’art : de nous rendre la réalité sensible et compréhensible à travers la forme.

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