Hololens, AR et patrimoine artistique à Louvain

Le Musée M organise une visite avec Réalité augmentée utilisant le système Hololens de Microsoft. Un parcours didactique très réussi.

Le Musée M de Louvain propose une visite de son patrimoine artistique avec Hololens, le système de réalité augmentée de Microsoft. Une déambulation dans un monument exceptionnel pour découvrir la nouvelle exposition « Entre Ciel et Terre – La dernière Cène de Bouts » d’une autre façon.

Dans un article précédent, je vous parlais du parcours avec réalité augmentée consacré à Van Eyck. Aujourd’hui, c’est d’une autre expérience de réalité augmentée que je vais vous parler : celle du Musée M de Louvain avec son exposition Entre Ciel et Terre – La dernière Cène de Bouts.

Bien que le titre de l’exposition se focalise sur la dernière Cène, le chef-d’œuvre de Dieric Bouts, le thème de la visite, c’est l’histoire de Louvain, de ses relations avec l’église, les œuvres d’art, etc.  Ici, pas de récit culminant sur une visite d’une œuvre unique, mais plutôt découverte et exploitation d’une histoire et d’un patrimoine.

Hololens ou tablette, c’est vous qui choisissez

Le système de réalité augmentée proposé par le musée est Hololens de Microsoft.  Mais vous pouvez également emprunter une tablette si c’est plus confortable pour vous.

Jeune homme qui porte les lunettes Hololens de réalité augmentée
« chris-hololens-portrait » by codepo8 is licensed under CC BY 2.0

Contrairement au système de Saint-Bavon, le parcours n’est pas balisé par un tracé virtuel, mais par une série d’autocollants disposés sur le sol.  Leur teinte sombre est parfois difficile à distinguer du carrelage de marbre blanc et noir de l’église.

L’interactivité au menu du parcours

Pour activer les hologrammes, il faut pointer du doigt les boutons virtuels du menu.  Au début, c’est un peu surprenant, mais on s’habitue très vite au système.  De plus, le fait d’interagir « physiquement » avec ce menu renforce l’impression de manipulation réelle.

Alors que le parcours Van Eyck se déroulait dans une crypte obscure, celui de Louvain vous fait déambuler dans une église éclairée a giorno.  Ce qui vous donne la possibilité de contempler les innombrables œuvres d’art qui jalonnent le parcours.  Bien qu’à travers les lunettes, il soit plutôt difficile de voir les détails des tableaux, sculptures ou autres pièces d’orfèvrerie.  Le revers de la médaille étant que, pour certaines stations, l’éclairage extérieur à travers les vitraux interfère avec les images virtuelles et les rend moins distinctes.

L’autre différence étant que vous êtes également entouré de personnes sans lien avec votre visite virtuelle.  Mais, les fidèles vaquent à leur pratique religieuse et les autres visiteurs évitent soigneusement d’interférer avec ces êtres étrangement casqués.  Ils passent discrètement derrière vous, pour vous laisser le champ de vision libre avec beaucoup de discipline.

Un parcours AR très diversifié

Le parcours part de la maquette de la cathédrale : une pièce rarissime. C’est la maquette de l’église telle que l’avait conçue le « Maître des Tours », Joost Massys. Elle montre des tours qui devaient être les plus hautes des Pays-Bas, avec la tour centrale culminant à 150 mètres… Hélas, c’était sans compter sur l’instabilité du sol. Le bâtiment s’y est enfoncé et les tours ont été réduites.

Le parcours continue avec la tombe de Henri Ier, Duc de Brabant, de la tête du Christ – dernier vestige de la « Croix tordue » après un dramatique incendie. Vient ensuite, le Tryptique Edelheere, une copie de la Descente de Croix de Rogier Van Der Weyden qui se trouve au Prado de Madrid. Une œuvre qui a été copiée de nombreuses fois en raison de l’émotivité qui s’en dégage. Le peintre était le premier à dépeindre l’affliction avec tant d’intensité comme en témoigne le détail ci-dessous.

Détail de la Descente de Croix d'après Rogier Van Der Weyden, une des étapes du parcours avec Hololens de l'Eglise Saint-Pierre de Louvain
Détail de la Descente de Croix

Puis, vous pouvez découvrir les deux panneaux du Martyre de Saint-Clément et de Sainte-Catherine, de Jan Rombouts, peintre louvaniste du 16e siècle.

Viennent ensuite, la chapelle de Sainte-Marguerite et son reliquaire et surtout les deux peintures de Dieric Bouts : le Retable du Saint-Sacrement – avec la scène centrale figurant la Cène et le Martyre de Saint-Érasme. Fait rarissime : ces deux œuvres ont été conçues pour cette église au cours des années 1460 et sont toujours sur place. La Cène, avec sa perspective centrale, deviendra un modèle pour de nombreux autres peintres au cours des siècles.

Le parcours Hololens se poursuit avec la tour eucharistique, ensemble sculptural de 12 mètres de haut dans lequel étaient conservées les hosties avant la messe.

Votre prochaine découverte est la Croix triomphale de Jan Borreman II, deuxième membre de la famille d’artistes qui dominera la sculpture brabançonne pendant trois générations.

Cette croix triomphale de chêne peint et sculpté est juchée sur le jubé, cette partie qui sépare le chœur de la nef.

Jan Borreman ou Borman II est également l’auteur du célèbre Retable de Saint-Georges, qui vient d’être restauré et est de nouveau visible aux Musées Royaux d’Arts et d’Histoire de Bruxelles.

La visite Hololens se poursuit avec la Sedes Sapientiae (ou chaire de sagesse) statue de Marie à l’enfant Jésus qui est d’ailleurs devenue l’emblème de la KUL (Université Catholique de Leuven, de langue néerlandaise, à ne pas confondre avec son pendant francophone, l’UCL).

Chaire de Sagesse, une des étapes du parcours Hololens de l'Eglise Saint-Pierre de Louvain
Sedes Sapientiae ou Chaire de Sagesse

Et enfin, la visite se termine sur la chapelle des Brasseurs. C’est ici que le côté visuel de la Réalité augmentée est le plus impressionnant : une maquette virtuelle de la ville médiévale apparaît à hauteur de votre taille et vous montre les innombrables brasseries qui existaient à Louvain. L’eau étant peu salubre, la bière était une boisson plus sûre, même pour les enfants…

Un parcours Hololens très didactique

Contrairement au parcours Van Eyck, celui-ci ne se concentre pas sur une seule œuvre, malgré son titre en référence au peintre Dieric Bouts. Il plonge le visiteur dans le contexte historique de l’église collégiale Saint-Pierre, de son patrimoine artistique, historique et architectural.

Chaque étape fait l’objet d’animations visuelles, de commentaires sonores et d’information sur le contexte. La Réalité augmentée présente à chaque fois des monuments ou des lieux en lien avec l’objet examiné.

S’il est moins spectaculaire visuellement que celui de Gand, ce parcours remplit parfaitement sa mission didactique sans jamais ennuyer. Le fait qu’il se déroule dans un lieu fréquenté par d’autres publics n’est pas gênant et même participe de la mise en contexte.

La photo qui accompagne l’article est une composition d’une photo personnelle de la Chapelle des Brasseurs de l’Eglise collégiale Saint-Pierre de Louvain et du cliché « Hollens! » de Matt Biddulph sous licence CC BY-SA 2.0

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